Caucase : une crise « globale » ?

Eurasie :: Lundi, 15 septembre 2008 . 20:40 t.u. :: Jean-Michel Vernochet   Envoyer   Imprimer
Caucase :  une crise « globale » ?

Lorsque l’on entend Mme Sarah Palin coéquipière de M. Mc Cain dans la course à la Maison-Blanche, et peut-être bientôt vice-présidente des É-U, annoncer : « La guerre contre la Russie pourrait constituer une option pour l’Otan », la perplexité s’installe aussitôt dans les esprits !

Certes les commentateurs autorisés repoussent avec dédain l’idée d’une Guerre froide recommencée en faisant semblant de ne pas entendre les déclarations qui se multiplient à Washington, lesquelles présentent la Russie comme un État voyou au même titre que la Corée du Nord, le Soudan ou l’Iran. Faisant comme si de tels propos ne ressortaient que de l’inflation verbale suscitée par l’émotion due à la gravité de la crise - notamment humanitaire avec plus d’un millier de victimes - ayant frappé la Géorgie le 8 août, et dont les vagues sont encore loin d’être apaisées.

Une crise au demeurant engendrée par une criminelle erreur d’appréciation de la part du président géorgien Saakachvili poussé volontairement à la faute ses commanditaires américains. Sans doute en vue de tester la capacité de réaction des forces russes dans la perspective d’une éventuelle offensive contre l’Iran prenant au Nord la Géorgie comme point d’appui ? Mais il ont lancé leur homme de paille géorgien dans une aventure qui au final a fort mal tourné.

La Russie, jugée a priori trop faible pour soutenir utilement les indépendantiste ossètes en cas d’intervention géorgienne et en temps ordinaire largement discréditée par les basses œuvres médiatiques, M. Poutine, chef du gouvernement russe, assistant à Pékin à l’ouverture des jeux d’été, a pourtant démontré qu’elle pouvait agir et réagir sans délais. Démontrant ainsi qu’elle est à nouveau un acteur de la scène internationale à part entière et avec lequel il faut désormais compter. Reste que rapidité et la détermination de la réponse russe ayant pris tout le monde de court et l’intervention de Saakachvili ayant créé l’irréparable, le thermomètre de la tension internationale n’a fait depuis que monter.

Or, dans le prolongement de la crise caucasienne, le président bolivien Évo Moralès, puis son homologue vénézuélien Hugo Chavez dont les liens avec Moscou sont particulièrement étroits, viennent de déclarer persona non grata les ambassadeurs américains et les ont renvoyés sans aucun ménagement à Washington. Chavez menaçant au passage les É-U d’interrompre ses approvisionnements pétroliers - certes uniquement en cas de conflit - crée ici les conditions d’un quasi casus belli… Car en jetant dans la balance les intérêts vitaux des É-U (à l’heure actuelle ce sont 1,5 million de barils vénézuéliens qui partent chaque jour vers les É-U soit 15% environ de ses importations), et même si l’on désamorce les propos de Chavez en parlant de rodomontades, celui-ci profère stricto sensu une menace insupportable pour la sécurité des É-U… Un défi équivalent à celui de l’Iran menaçant de fermer le détroit d’Ormuz en cas d’attaque américaine ou israélienne de ses installations nucléaires.

Pourtant les É-U ne réagiront pas, au moins dans l’immédiat, réduits qu’ils ont à devoir encaisser ces camouflets qui raturent d’avantage l’image d’une puissance déjà brouillées par ses enlisements irakien et afghan. En dernière instance, alors que Lehman Brothers, quatrième banque d’affaires mondiale, faute de repreneur, va se déclarer en faillite faisant ainsi progresser la crise financière vers un paroxysme, et alors que l’élection présidentielle américaine en est à son dernier quart d’heure, il est assuré que le sommet de l’Otan s’ouvrant ce lundi 15 septembre dans la capitale géorgienne Tiblissi, ne peut qu’amorcer une décrue à la crise.

Mais comme dans tout séisme majeur, nous devons maintenant nous attendre à des répliques qui nécessairement surviendront…

15 septembre 2008.

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