Vérité au Tibet, erreur au Népal…
Orient :: Mercredi, 7 janvier 2009 :: Lionel Placet ::
Au moment même où, en Occident, les militants des droits de l’homme menaient de virulentes campagnes en faveur du peuple tibétain, sensé subir l’oppression d’une dictature post-communiste, au Népal, pays voisin du « Toit du Monde », un mouvement marxiste-léniste particulièrement radical s’emparait du pouvoir… avec la bénédiction de l’Occident et les félicitations des militants des droits de l’homme !
Ce surprenant paradoxe s’explique par des raisons géopolitiques. Les Etats-Unis et leurs alliés, afin d’affaiblir la Chine et de gêner l’ascension de l’Inde dans le concert des nations, ont lancé un processus de déstabilisation de tout l’arc himalayen, qui implique non seulement le Népal mais aussi le Pakistan, l’Afghanistan, le Myanmar (dont Flash traitait dans son n° 1), le Bangladesh, le Tibet, le Bhoutan et l’Inde.
Au Népal, pays pauvre mais jaloux de son indépendance et de ce fait allié de la Chine, tout s’est joué au début des années 2000. Depuis 1996, une insurrection « maoïste », relativement modeste, agitait les campagnes. L’armée recevait pour la contenir le soutien des USA, de la Grande-Bretagne, de l’Inde et … de la Chine. Mais, en 2001, le roi Gyanendra accéda au pouvoir. Homme autoritaire et énergique, il décida d’en finir avec les guérilleros. Pour ce faire, il proclama l’état d’urgence et renforça le pouvoir de l’armée. Or, au moment où il était possible de venir à bout des insurgés, et alors que la Chine soutenait l’action du monarque, les puissances occidentales, invoquant des violations des droits de l’Homme, cessèrent d’apporter leur aide à l’armée népalaise, et commencèrent à exercer d’importantes pressions diplomatiques sur le gouvernement pour qu’il négocie avec les rebelles, que le roi renonce à son pouvoir absolu et qu’il organise des élections démocratiques.
La transition dura deux années et se conclut par le renversement de la monarchie et par une victoire électorale écrasante des « maoïstes ». Alors que ceux-ci n’avaient pas hésité à assassiner nombre de candidats qui leur étaient hostiles, Jimmy Carter, qui dirigeait sur place une équipe d’observateurs étrangers, exprima, lors d’une conférence de presse à Katmandou, sa conviction qu’ils s’étaient complètement ralliés à « la voie démocratique ». Manière diplomatique de ce féliciter de la chute d’un monarque favorable à la Chine et de la victoire d’un « allié objectif ».



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