Les sécessionistes, ils veulent diviser l’Empire du mal

Amériques :: Samedi, 31 janvier 2009 :: Christian Bouchet :: Envoyer   Imprimer
Les sécessionistes, ils veulent diviser l’Empire du mal

Le week end du 14-16 novembre dernier s’est tenu à Manchester, dans le New Hampshire, un congrès pour le moins surprenant : la North American Secessionist Convention.

Sécessioniste ? En français courant on pourrait écrire indépendantiste ou autonomiste… Quoiqu’il en soit, les sécessionnistes, puisque c’est ainsi qu’ils se nomment, veulent que leur groupe d’État (ceux du Sud ou ceux de la côte est par exemple), leur État, ou leur région, se séparent – fassent sécession – des USA.

Ce désir de faire imploser l’Empire est motivé par deux raisons. Pour certains, il s’agit de revenir à une situation historique antérieure, de redonner l’indépendance à une nation qui a existée : le royaume d’Hawaï, la république du Texas, le Sud confédéré ou l’alliance des tribus de l’Alaska. Pour les autres, qui se qualifient de libertariens, le sécessionnisme correspond à une volonté de retrouver un État à échelle humaine. C’est ce qu’explique le sénateur séparatiste du New Hampshire, Burt Cohen, qui estime que les Etats-Unis sont tout simplement trop grand pour être gouvernés d’une manière efficiente et réellement démocratique. La seule solution, à ses yeux, étant, pour pallier cela, de « réduire la taille de l’État central en limitant ses composants. »

Contrairement à ce que l’on pourrait penser à prime abord, ces idées ne sont pas considérées aux USA comme totalement farfelues et les partis qui les défendent ne relèvent pas de la lunatic fringe. Tout au contraire, un sondage d’opinion de l’institut Zogby a montré que 22 % des étatsuniens reconnaissaient aux États de l’Union le droit à l’indépendance et que 18 % seraient susceptibles de soutenir un mouvement sécessionniste dans leur région. Ces chiffres correspondent sensiblement aux résultats électoraux qu’ont obtenu, ces dernières années, des candidats autonomistes : plusieurs d’entre aux ont été élus au Parlement du New Hampshire et le séparatiste texan Larry Kilgore a obtenu 19 % des suffrages lors des dernières élection sénatoriales.

Panorama de la dissidence

Selon les États la forme d’action de ceux qui veulent « mettre un terme à l’Empire américain » varie.

Sur l’île de Long Island, elle revêt une forme propagandistique des plus classiques et les partisans de l’autonomie de cette île font campagne par tracts et affiches pour la « triple sécession » qui les détacherait de la ville de New York, de l’État du même nom et des USA…

Les militants de la League of the South, prônent pour leur part une autarcie régionale permettant l’autosuffisance alimentaire et énergétique. Le 5 décembre dernier, ils ont créé, pour les États de la vieille confédération, un « shadow government » censé être l’émanation du pays réel face au pays légal représenté par Washington. Ce faisant, il reprenaient une idée lancée par les autonomistes hawaïen qui ont depuis plusieurs mois constitué un gouvernement parallèle – le Gouvernement royal d’Hawaï – dirigé par la princesse Mahealani Kahau et qui multiplient les manifestations visant à rétablir la monarchie dans l’archipel (elle y a été abolie en 1893) et à obtenir son indépendance.

En Alaska, l’Alaskan Independence Party, dont fut membre un temps l’époux de Sarah Palin, met l’accent sur l’importance d’un contrôle des ressources économiques par les autochtones. Son audience n’est pas négligeable et, en 1990, son candidat Walter Joseph Hickel remporta l’élection comme gouverneur de l’État. Dans le Vermont, le Second Vermont Republic Movement base tout son combat sur la thèse « small is beautiful » et milite pour le retour à la campagne, aux petites villes, aux communautés rurales et aux écoles de faible taille…

Au Texas, c’est la voie légale d’une contestation sans fin des actes administratifs devant les tribunaux que suivent les quarante mille partisans de la République du Texas qui contestent le rattachement de cet État aux USA en 1845 (le Texas fut créé en 1836 et resta indépendant pendant neuf années) et qui affirment qu’il est une nation militairement occupée car un référendum, organisé en 1891, avait donné 75 % des voix pour un retour à l’indépendance.

Les leaders du New Hampshire’s libertarian Free State conjuguent quant à eux une présence régulière aux élections avec la multiplication de projets alternatifs de nature économique.

Favorables à Ron Paul

Lors des dernières présidentielles, tous ces petits partis, qu’en France on considérerait pour la plupart comme étant de droite conservatrice, ont fait campagne pour Ron Paul, dont le programme faisait écho à nombre de leurs préoccupations. Ce candidat républicain dissident, proche du Parti libertarien, préconisait en effet un État fédéral au rôle limité, de faibles impôts, le libre marché, et une politique étrangère non-interventionniste.

Ron Paul a été soit ridiculisé soit ostracisé par les médias, il n’en a pas moins mené campagne jusqu’en juin 2008 et il a soulevé beaucoup d’enthousiasmes chez des Américains dont le rêve n’est pas de voir leur pays dominer le monde ni d’être des citoyens de la première puissance mondiale, mais tout simplement de vivre en paix chez eux, dans leur communauté à taille humaine, et de profiter de leur « home, sweet home » sans que les agents de l’État fédéral ne viennent mettre leurs nez dans leurs affaires.

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