Géorgie: présidentielle anticipée le 5
Eurasie :: Vendredi, 16 novembre 2007 :: Agence ::
Le président géorgien pro-occidental Mikheïl Saakachvili, confronté à une vague de protestations, a annoncé jeudi une élection présidentielle anticipée le 5 janvier 2008 au lendemain de la proclamation de l’état d’urgence.
« J’ai décidé que l’élection présidentielle aurait lieu le 5 janvier », a déclaré M. Saakachvili, porté au pouvoir par une révolution pacifique et démocratique fin 2003, avançant ainsi de plusieurs mois un scrutin prévu pour l’automne 2008.
M. Saakachvili a annoncé également la tenue d’un référendum sur la date des législatives, qui pourraient être organisées au printemps ou à l’automne 2008.
« Vous vouliez des élections anticipées, ayons-les encore plus tôt. En tant que président, je suis le garant de la démocratie en Géorgie « , a-t-il assuré dans une allocution télévisée.
« La situation se stabilise plus vite que prévu » dans le pays, a également noté M. Saakachvili, suggérant ainsi une levée rapide de l’état d’urgence décrété pour 15 jours après de violents heurts entre forces de l’ordre et manifestants d’opposition mercredi.
A Washington, le Département d’Etat a salué l’annonce du président géorgien tout en l’appelant à lever l’état d’urgence.
« Ces mesures sont nécessaires pour restaurer l’environnement démocratique indispensable à la tenue d’élections et d’un référendum », a estimé son porte-parole Sean McCormack.
Peu après les déclarations de M. Saakachvili, plusieurs dirigeants d’opposition se sont félicités des prochaines élections, après une semaine de manifestations réclamant la démission du président.
« Le peuple géorgien n’a jamais perdu une bataille, nous avons gagné », a déclaré Tina Khidacheli. « Saakachvili n’a aucune chance d’être réélu. Il est fichu, fini, cela ne fait pas de doute », a-t-elle ajouté.
« Cela démontre que quand le gouvernement commence à combattre son propre peuple, il finit toujours par perdre. C’est une victoire du peuple géorgien », a assuré Guiorgui Khaïndrava, ex-ministre de M. Saakachvili passé dans l’opposition.
En attendant, la Géorgie, un des précurseurs de la poussée démocratique dans l’ex-URSS avec sa « Révolution de la Rose » et l’avènement de M. Saakachvili, a vécu sa première journée d’état d’urgence avec journaux sous censure et interdiction de se rassembler.
Dans le centre de Tbilissi, le déploiement de policiers anti-émeutes a toutefois été progressivement réduit aux abords du Parlement, épicentre la veille des échauffourées.
Les chaînes les plus regardées, notamment Roustavi-2 (pourtant pro-gouvernementale), ont interdiction de diffuser des bulletins d’informations. Quant à Imedi, principale chaîne privée d’opposition, elle est muette depuis que des « spetsnaz » (forces spéciales) ont fait irruption dans ses locaux et fermé l’antenne. Les radios sont quant à elles réduites à passer de la musique.
La proclamation de l’état d’urgence et la fermeture de médias a été vivement critiquée en Occident alors que Tbilissi, en rupture de ban avec Moscou, aspire à adhérer à l’Otan et à l’UE. Cette situation « ne correspond pas aux valeurs euro-atlantiques », a déclaré le secrétaire général de l’Otan, Jaap de Hoop Scheffer.
L’OSCE s’est déclarée « inquiète » de la suspension de Imedi TV et d’une autre chaîne de télévision, Kavkasia. Le Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Mme Louise Arbour, a critiqué « l’usage disproportionné de la force », la police anti-émeutes ayant utilisé canons à eau et flash-balls contre les manifestants.
A Paris, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Pascale Andréani, a qualifié d’ »inacceptables » les « violences contre l’opposition » ainsi que « les atteintes à la liberté de la presse et aux libertés individuelles ».
La crise politique s’est doublée d’une crise diplomatique, la Russie ayant annoncé l’expulsion de trois diplomates géorgiens en représailles à une mesure similaire de Tbilissi, qui accuse les « services spéciaux russes » d’être « impliqués » dans les débordements.
© 2007 AFP


