Les Arabes et l’Amérique latine

Amériques :: Dimanche, 5 avril 2009 :: Hassan Abou-Taleb :: Envoyer   Imprimer
Les Arabes et l’Amérique latine

La tenue du deuxième sommet qui réunira les Arabes et l’Amérique latine est empreinte d’espoir. Il s’agit, en premier lieu, de développer les liens économiques et politiques entre les deux parties afin de pouvoir bâtir une relation solide, déjà mise sur les rails il y a trois ans, date du premier sommet au Brésil en 2005. Depuis, l’échange commercial entre le Brésil et le monde arabe gagne en ampleur. Il est passé de 8 milliards de dollars en 2005 à 21 milliards. Alors que le volume d’échange entre le monde arabe et l’Argentine a atteint 5 milliards de dollars en 2008.

Le dossier de l’Amérique latine et des Arabes ne fait pas l’objet de divergence, voire même il y a un accord unanime sur la nécessité de faire progresser la marche bilatérale. Cependant, les visions de chacun des deux afin de parvenir à cet objectif diffèrent, ce qui nécessite continuellement une concertation sur les mécanismes nécessaires. En contrepartie, ce continent manifeste une ambition et un désir de rechercher un nouvel espace pour enrichir non seulement sa culture, mais également son marché. Surtout qu’il a été saturé par les marchés de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Du point de vue de l’Amérique latine, la géographie arabe devient un couloir nécessaire pour atteindre de nouveaux espaces en Afrique et en Asie.

Outre les objectifs économiques prônés de cette coopération, la dimension culturelle joue, quant à elle, un rôle primordial. A tel point que dans chaque réunion entre ces deux parties, est évoqué l’appel à consolider les liens historiques et culturels déjà existant à travers la création de nouveaux ponts, l’intensification de l’échange culturel, la connaissance mutuelle des deux patrimoines arabe et américano-latin et enfin l’amélioration de l’image arabe auprès de la société civile et des preneurs de décisions là-bas. De là, nous voyons bien que les communautés arabes en Amérique latine doivent jouer un grand rôle et assumer un fardeau considérable. D’autant plus qu’ils constituent les canaux de contact organique et fondamental entre les deux cultures arabe et latine, qui se doivent de faire un effort pour se faire connaître l’une l’autre et pour percer de nouveaux horizons de coopération dans tous les domaines. Les immigrés arabes, d’origine palestinienne, libanaise et syrienne, représentent les canaux de contacts avec leurs pays d’origine avec lesquels ils n’ont pas rompu, après s’être totalement intégrés dans leurs nouvelles sociétés.

Selon les estimations modernes, le nombre des immigrés d’origines arabes dans cette région est de 15 millions. Ils ont une présence éminente dans la vie économique, politique et sociale. Il est clair d’ailleurs que la présence arabe ne suscite pas de problématique ni de polémique, comme c’est le cas avec les communautés arabes en Europe et aux Etats-Unis après les événements du 11 septembre 2001.

Seulement la question qui s’impose est la suivante : les Arabes pourront-ils aller de pair avec les ambitions de l’Amérique latine ? A ce niveau deux théories sont envisageables. La première plutôt pessimiste est que le camp arabe est divisé et que chacun court après ses propres intérêts. De là, ils sont considérés comme la partie la plus faible dans l’équation internationale et se tournent plutôt vers l’Occident qu’ils considèrent comme leur ultime priorité. Partant, ils ne sont pas intéressés par une relation stratégique équilibrée avec les pays de l’Amérique latine. Les optimistes, quant à eux, estiment qu’il n’y a aucun inconvénient à une coopération sud-sud qui ne s’oppose pas aux relations avec le nord européen. Cependant, cette polémique, sur la valeur et le prestige de la coopération arabe avec l’Amérique latine, n’a pas empêché que le premier sommet entre les deux blocs et qui s’est tenu au Brésil en mai 2005 soit un échec désespérant. Au moment où les Latinos aspiraient à ce que le sommet soit le début d’une importante coopération économique d’ordre institutionnel, la présence arabe était très limitée et la cause palestinienne s’est imposée en force sur l’agenda du sommet aux dépens des dossiers de coopération arabe.

Apparemment, les Arabes étaient motivés par un seul désir, celui d’obtenir l’appui américano-latin face à l’intransigeance israélienne et un autre face au droit de la résistance devant l’occupation. Bien qu’il ait été convenu à cette date que le sommet se tiendrait de manière périodique tous les deux ans, 4 ans se sont écoulés sans qu’un sommet n’ait lieu, jusqu’à ce qu’ils se soient mis d’accord pour sa tenue à Doha, directement après le Sommet arabe.

Les données ont radicalement changé depuis 4 ans. Non seulement la donne mondiale, mais également celle de l’Amérique latine, surtout avec l’ouragan résultant de la crise mondiale qui a commencé aux Etats-Unis et qui a rapidement atteint toutes les contrées du monde. La nouvelle politique américaine prône le dialogue, le partenariat dans la résolution des problèmes internationaux et régionaux. Sans oublier également les questions de stabilité, de paix et de développement de la région arabe.

L’Amérique latine a connu, dans les dernières années, des changements majeurs et radicaux. Après l’avancée démocratique à différents degrés dans tous les pays de la région, à l’exception de Cuba, l’Amérique latine a commencé à se chercher une place sur la carte politique mondiale. Elle parie sur les relations sud-sud et sur de solides relations avec les pays comme la Russie, l’Inde et la Chine. Elle a fait voluer ses relations avec l’Iran qui a signé plus de 300 traités avec les pays de cette région les quelques dernières années dans les différents domaines. Un chiffre qui dépasse tous les accords signés par les pays arabes avec l’Amérique du Sud les dix dernières années. Voire même l’échange commercial entre l’Iran et les pays d’Amérique latine était faible en 2005 pour atteindre des milliards de dollars en 2008 et c’est un chiffre énorme. Le président iranien, Ahmadinejad, a effectué une visite dans un grand nombre de pays d’Amérique latine en trois ans, au moment où l’unique responsable arabe qui a effectué une visite à cette région du monde est le roi du Maroc, Mohamed VI.

L’Amérique latine œuvre de toute sa force pour trouver des issues à ses économies afin de contrer la crise économique mondiale à travers les partenariats avec les nouveaux marchés, suite à la régression enregistrée sur le marché américain. Tout cela fait assumer au monde arabe un lourd fardeau, car sans une orientation arabe institutionnelle capable de proposer de grandes initiatives, la coopération prônée avec ce continent en marche sera d’une utilité limitée.

Al-Ahram Hebdo Semaine du 1er au 7 avril 2009, numéro 760

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