La Corée du Nord, au delà des apparences

Orient :: Dimanche, 21 juin 2009 :: Lionel Placet :: Envoyer   Imprimer
La Corée du Nord, au delà des apparences

Après près de soixante années d’armistice, la guerre va-t-elle se rallumer entre les deux Corée ? C’est ce que craignent certains analystes qui relèvent que le régime de Pyongyang a procédé, ces derniers temps, à six tirs de missiles de courte portée dans la mer Jaune, effectué un essai nucléaire souterrain, réactivé son usine de production de plutonium et déclaré qu’il n’était plus tenu par les conditions de la déclaration d’armistice de 1953.

La communauté internationale et le Conseil de sécurité de l’ONU ont dénoncé ces actes « qui menacent la paix et la sécurité dans le monde », et le département d’Etat américain a insisté sur le fait que si « la Corée du Nord ne renonce pas à son programme nucléaire, elle en paiera le prix ».

Est-on face à des menaces sérieuses d’un côté ou de l’autre ? Où se peut-il, comme l’écrivent certains spécialistes de la région, que ces gesticulations nord-coréennes soient effectuées uniquement dans un but de politique intérieure et dans le cadre de la lutte pour la succession de l’autocrate Kim Jong-Il ? L’avenir proche donnera une réponse à ces questions. Quoiqu’il en soit, il n’est pas inutile, en attendant de s’interroger, au delà des apparences, sur la réalité politique de la Corée-du-Nord.

La première question qui vient aux lèvres est : est-ce que ce pays de 22 millions d’habitants, pauvre et sans alliés, menace réellement la paix du monde ? Jusqu’à maintenant cette menace a été très … virtuelle ! Si on peut constater en effet une chose c’est que sur les cinquante dernières années la Corée-du-Nord n’a été mise en cause que dans quelques incidents de frontières et dans l’arraisonnage de navires espions entrés illégalement dans ses eaux territoriales. C’est peu, surtout quand on compare cela aux activités d’une entité proche-orientale qui, bien que trois fois moins peuplée, a, dans le même laps de temps, attaqué à près de dix reprises ses voisins et dispose d’un arsenal nucléaire sans commune mesure avec celui des Coréens, tout cela, bien sûr, sans que le Conseil de sécurité de l’ONU dénonce ces actes comme menaçant « la paix et la sécurité dans le monde », et sans que le département d’Etat américain insiste sur le fait que si elle « ne renonce pas à son programme nucléaire, elle en paiera le prix ». A l’aune du géopolitiquement correct, il vaut donc mieux être Israélien que Coréen.

C’est une question de démocratie rétorquera-t-on. Tout le monde en conviendra. Mais encore faut-il, cependant, admettre que la démocratie à l’occidentale est l’horizon indépassable de l’organisation politique pour tous les peuples de la terre. Or, pourquoi les Nord-Coréens n’auraient-ils pas le droit de vivre selon un ordre politique qui leur soit propre ?

Que sait-on d’ailleurs de la vie politique à Pyongyang ? Rien ou presque, du moins rien de plus que ce que nous décrivent les grands médias, soit une dictatures marxiste-léniniste anachronique. Mais qui nous a parlé du djoutché et de la politique de songun ? Qui a décrit en France ces conceptions spartiates qui ont plus à voir avec une vision faustienne et ultra nationaliste du monde qu’avec la pensée de Karl Marx ?

Comme l’analyse, dans Comment peut-on être Coréen (du Nord) ?, le professeur de droit international et ancien doyen de faculté de droit de Nice, Robert Charvin : « La doctrine officielle de la Corée socialiste s’est construite autour des idées du djoutché (…) Au plan des relations internationales, aucun suivisme n’est tolérable. Au plan économique, le refus d’intégration dans le marché mondial, comme hier dans le Comecon, est une position de principe : (…) la coopération ne peut être que complémentaire ». On est là face à un nationalisme qui n’est pas sans conséquences sur la vie de tous les jours puisque le port du costume traditionnel national est encouragé pour les femmes et les enfants, et que les sports autochtones sont l’objet d’une promotion toute particulière. Cela explique aussi que la seule religion qui soit réellement tolérée par les autorités de Pyongyang est le chendoisme que pratique environ 12 % de la population. Cette tolérance s’expliquant par le fait que cette foi est apparue à la fin du XIXème siècle comme réaction nationaliste aux action missionnaires des Églises chrétiennes…

Mais ce n’est pas tout, la politique de songun donne la priorité à l’armée au sein de la nation avec un service national obligatoire de dix années et fait du militaire la figure emblématique du combattant pour le socialisme en Corée du Nord.

Pensée faustienne, ultra-nationalisme et militarisme, cela n’est pas sans évoquer quelques (mauvais) souvenirs à certains universitaires des États-Unis qui, comme Brian Reynolds Myers et Bruce Cumings, concluent que la Corée du Nord n’est nullement un État marxiste mais bien au contraire une… dictature fasciste ! Raison de plus, à leurs yeux, d’en faire la composante la plus abjecte de l’axe du mal.

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