Irak : La rivalité entre les formations chiites irakiennes s’envenime

Nation Arabe :: Vendredi, 23 novembre 2007 . 19:33 t.u. :: LO-LJ   Envoyer   Imprimer
Irak : La rivalité entre les formations chiites irakiennes s’envenime

La rivalité entre les deux principales formations chiites irakiennes a atteint ce week-end un seuil périlleux faisant craindre une flambée de violences au sein de la communauté la plus importante du pays à l’approche d’une échéance cruciale à Bassora (Sud).

Les services de sécurité irakiens, largement contrôlés par le Conseil suprême islamique en Irak (CSII), ont lancé samedi une opération à Diwaniyah, 180 km au sud de Bagdad, pour en déloger le mouvement du chef
radical Moqtada Sadr. Un couvre-feu a été déclaré et des postes de police ont été installés dans des secteurs que les sadristes contrôlaient. Déjà, vendredi, deux responsables de l’Armée du mahdi qui cherchaient à fuir la ville ont été appréhendés. « Les autorités locales ont demandé l’aide de l’occupant américain et du gouvernement sous prétexte de reprendre une partie de la ville qui n’est pas sous leur contrôle », a expliqué jeudi à l’AFP un député influent du mouvement sadriste, Fallal Hassan Chanchal. « Il y a un complot entre les forces d’occupation et le pouvoir exécutif », a-t-il ajouté, assurant que la population de Diwaniyah refusait l’autorité des responsables locaux, parce qu’ils ne les représentaient pas.

La lutte d’influence dans cette ville du centre de l’Irak, quasi exclusivement chiite, dure depuis des mois, et les sadristes ont prévenu que tout recours à la force serait un « casus belli ». « Ils feraient une grosse bêtise et paieraient un prix élevé », a averti Fallal Hassan Chanchal, en évoquant une éventuelle opération des forces de sécurité. Les sadristes accusent, à Diwaniyah comme dans d’autres villes d’Irak, le CSII de Abdel Aziz Hakim d’utiliser ses liens étroits avec le gouvernement pour infiltrer l’appareil de l’État et poursuivre ensuite des politiques partisanes. Le SII rejette ces accusations et se retranche derrière la force de la loi pour justifier les efforts de mise au pas de la milice sadriste, l’Armée du mahdi, et affirme que ses propres troupes de chocs – les brigades Badr – ont été incorporées aux forces de l’ordre. « Nous n’avons pas de problème avec le courant de Moqtada Sadr, nous refusons même le concept de conflit », a déclaré à l’AFP, le député Hadi al-Ameri, ancien chef des brigades Badr. « Le problème est un problème de respect par les sadristes des institutions de l’État. »

Cette tension à Diwaniya augure mal du processus de désignation des responsables locaux dans d’autres villes majoritairement chiites comme, par exemple, le grand port de Bassora, unique débouché maritime de l’Irak. Avec d’immenses champs pétrolifères et les installations d’exportation de l’or noir les plus importantes d’Irak, la ville représente un enjeu colossal pour les partis chiites. « Nous n’avons pas le droit de ne pas nous mettre d’accord sur Bassora », a toutefois souligné M. Ameri. « Ce sera difficile, mais c’est possible. » Les Britanniques ont quitté la ville au mois d’octobre et doivent remettre aux autorités irakiennes le contrôle de la province à la mi-décembre.

Pour que la rivalité entre les deux formations ne tourne pas à la confrontation, elles ont créé récemment des comités de coordination en matière de sécurité, mais ils n’ont pas permis d’apurer tous les contentieux. « Nous devons être patients et nous agirons avec sagesse », a assuré M. Chanchal. « Nous savons très bien que certains veulent un conflit entre chiites et chiites, mais nous ne tomberons pas dans ce piège », a renchéri M. Ameri. Ces appels à la raison devront être entendus pour éviter que la lutte d’influence historique entre les Sadr et les Hakim, considérée comme déterminante pour l’avenir de l’Irak selon le dernier rapport d’International Crisis Group (ICG), ne précipite le pays dans une guerre fratricide.

Source : L’Orient-Le Jour

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