Israël-Usa. un ami, mais aussi un voyeur

Empire du Mal :: Samedi, 24 novembre 2007 . 18:30 t.u. :: Aliaa Al-Korachi   Envoyer   Imprimer
Israël-Usa. un ami, mais aussi un voyeur

En dépit des liens d’amitié et de complicité qu’entretient Israël avec les Etats-Unis, celui-là ne s’empêche guère d’espionner son puissant allié. Des scandales que les deux parties tentent d’étouffer rapidement.

« L’allié stratégique de Washington », « L’espion le plus agressif contre les Etats-Unis ». Deux qualificatifs aussi contradictoires désignant Israël auprès des Etats-Unis. Malgré la parfaite harmonie, que personne ne peut nier, entre les deux pays, des affaires d’espionnage en faveur d’Israël se manifestent au grand jour.

Des zones d’ombre dans les relations « stratégiques » israélo-américaines qui ne manquent pas de provoquer certaines frictions, mais sans toutefois affecter l’alliance israélo-américaine qui va toujours bon train. En fait, Israël possède une longue histoire d’espionnage contre les Etats-Unis, qui remonte au début même de la création de l’Etat hébreu. La première affaire d’espionnage a vu le jour, en juin 1948. Elle impliquait Ephreïm Ben Artez, le premier attaché militaire israélien à Washington. Celui-ci a embauché des agents, les a entraînés aux méthodes d’espionnage à l’utilisation de l’encre sympathique et des codes dans les correspondances. Mais après Ephreïm, la liste d’espions pour le compte d’Israël s’est encore allongée. L’affaire la plus importante était signée Jonathan Pollard. Cet officier de la marine US a été condamné en 1985 à la prison à vie pour avoir communiqué depuis 1980 des mètres cubes de documents aux services secrets israéliens. Des documents de toutes sortes sur les cibles des implantations de la NSA à travers le monde, des données sensibles sur l’activité des services de renseignements américains au Moyen-Orient, des éléments aussi stratégiques que les noms des informateurs des Etats-Unis au sein des différents gouvernements arabes.

A l’époque, l’Etat hébreu avait promis d’empêcher l’espionnage à l’intérieur des Etats-Unis. Une promesse qui n’ a jamais été respectée. L’affaire la plus récente est devant la justice américaine depuis 2005. Elle concerne deux lobbyistes pro-israéliens, Steven Rosen et Keith Weissman, qui travaillaient pour le lobby israélien le plus puissant, l’AIPAC (American Israeli Public Affairs Committee).

L’un est le directeur politique du lobby et l’autre est spécialiste de l’Iran.

Ils sont accusés d’avoir transmis à des personnes non autorisées, Israël en l’occurrence, des informations classées secret défense, sur le réseau d’Al-Qaëda, sur l’Iran, sur la région d’Al-Khobar en Arabie saoudite et sur les Israéliens dans le nord de l’Iraq.

Le juge du tribunal fédéral d’Alexandria a, à la demande de la défense, convoqué la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, ainsi que le conseiller présidentiel américain à la sécurité nationale, Stephen Hadley, pour audience en janvier.

Treize autres actuels ou anciens hauts responsables gouvernementaux, dont l’ancien numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, sont également appelés à déposer dans ce procès.

« Les accusés estiment que le témoignage de ces responsables actuels ou passés tendront à montrer que leurs actions ne reflètent rien d’autre que la pratique officielle des discussions par des canaux officieux, bien connue à Washington ».

Le dossier risque cependant d’être classé, comme ses précédents sans toucher à la relation entre Washington et Israël. La nouveauté réside pourtant dans le fait que c’est la première fois où une affaire d’espionnage est intimement liée à un des puissants lobbies juifs.

La « Franklin Get » avait déjà vu l’implication de l’AIPAC mais différemment. C’est l’exemple type de l’influence sioniste dans la politique des Etats-Unis. Franklin était un chef-analyste au Pentagone dans le Bureau des Plans Spéciaux (Office of Special Plans, OSP). C’est dans ce bureau que Franklin avait travaillé en étroite collaboration avec Douglas Feith, sous-secrétaire à la Défense en gonflant les informations fournies par les services de renseignements sur l’Iraq, ce qui a mené à son invasion. Il a travaillé aussi à promouvoir l’agenda israélien en vue d’une confrontation USA-Iran, et cela malgré l’opposition forte du département d’Etat, de la CIA, du renseignement militaire et des commandants sur le terrain. Toutes ces informations, il les aurait transmises à l’AIPAC, puisqu’il collaborait avec les deux lobbyistes impliqués, dans le procès actuel. Franklin a plaidé coupable après une série d’audiences à huis clos et a été condamné à 12 ans et 7 mois de prison, mais l’AIPAC a été acquitté.

On se demande d’ailleurs pourquoi Israël prend tant de risques pour espionner Washington, alors que l’Administration américaine quelqu’elle soit place sa sécurité parmi ses priorités ? Saïd Okacha, politologue, estime que « dans le jeu de la politique, il n’y a ni amis permanents ni ennemis durables. C’est une question d’intérêts. Or, les intérêts israéliens et américains se croisent et se confondent aujourd’hui, mais ils pourraient aussi diverger demain ».

Okacha rappelle que dans les années 1960, parmi les priorités de la politique américaine était de limiter l’accès au nucléaire, y compris pour Israël. Aujourd’hui, Israël jouit du soutien américain inconditionnel dans ce domaine. Alors, il est très important pour Israël, de guetter au fur et à mesure tout changement dans l’Administration américaine qui pourrait se révéler contraire aux intérêts israéliens. L’Etat hébreu anticipe, encouragé, semble-t-il par le silence américain ou la non-action sur les affaires d’espionnage dévoilées. A aucun moment, les autorités américaines n’ont ouvertement protesté. C’est ce que Gamal Mazloum, expert stratégique égyptien, explique par le fait que Washington ne veut pas se trouver dans une situation embarrassante. Israël est pour les USA un veau d’or, mais qui sait donner des coups de sabot .

Source : Al-Ahram Hebdo Semaine du 14 au 20 Novembre 2007, numéro 688

Poster un commentaire

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.