Colloque à Paris sur la finance islamique en France et en Europe
Nation Arabe :: Jeudi, 13 décembre 2007 :: Élie Masbougi ::
Un colloque sous le thème « L’industrie financière et la place de Paris à l’heure de la finance islamique » s’est tenu le 6 décembre à la Maison des Arts et Métiers, à Paris, à l’initiative de la Chambre de commerce franco-arabe de Paris et en collaboration avec Secure Finance.
En présence d’une centaine de spécialistes représentant les divers secteurs de l’économie et de la finance, des experts en la matière ont traité des enjeux et perspectives de la finance islamique qui occupe de plus en plus de place dans le monde et notamment dans les institutions, entreprises et établissements financiers français et européens.
Après une cérémonie d’ouverture marquée par les allocutions et mots de bienvenue de Pierre Rozek et Saleh al-Tayar, respectivement président et secrétaire général de la CCFA, ainsi que de Jean-Paul Redouin, premier sous-gouverneur de la Banque de France, et de Jean-Paul Laramée, directeur général de Secure Finance, quatre sessions ont eu lieu, et la journée a été clôturée par une table ronde.
Le Liban était représenté par Ahmad Jachi, premier vice-gouverneur de la Banque centrale, qui est intervenu dans le cadre d’une session sur la finance islamique dans l’économie globale, donnant lecture d’un document intitulé « Un environnement favorable à l’intégration d’un système financier islamique dynamique ». Roger Ourset, directeur général de l’École supérieure des affaires (ESA) à Beyrouth, a également pris part au débat.
Les autres sessions avaient pour thème « L’industrie financière française et la finance islamique », avec des déclinaisons portant sur l’intégration de la finance islamique dans le système financier global, la normalisation des services dans l’industrie financière islamique, une approche comparative entre produits et services financiers islamiques et conventionnels, la conformité du système financier islamique avec le droit et les normes français et européens, les rapports avec les autorités de régulation et les réalisations et opportunités pour les fonds et produits de la charia en France et pour les entreprises et établissements français à l’étranger.
La table ronde finale s’est penchée sur la question des « Enjeux, perspectives et recommandations pour le développement de produits et services financiers islamiques en France et d’établissements financiers dans les pays de tradition juridique islamique ». Aux côtés de MM. Jachi et Ourset, Mohammad al-Chaar, secrétaire général de l’Accounting & Auditing Organization for Islamic Financial Institutions, Alain Tovar, directeur de la Coface pour la zone Afrique, Moyen-Orient et Méditerranée de l’Est, Jean Laurent, président de l’Institut Europlace de finance, Jacques Maire, directeur des affaires européennes et institutionnelles du groupe Axa, M. Pierre de Lauzun, directeur adjoint de la Fédération bancaire française, Olivier Pastré, président de l’IM Bank de Tunis, et Abdel-Rahman Taha, directeur général de l’Islamic Corporation for the Insurance of Investment and Export Credit, ont pris part à la discussion.
En marge du colloque, le premier vice-gouverneur de la Banque du Liban, Ahmad Jachi, a déclaré à L’Orient-Le Jour que l’intérêt que porte notre banque centrale à cet événement relève d’une part de l’échange d’expériences et de connaissances avec les autres organisations, et d’autre part de la présentation de la stratégie de la BDL, banque centrale d’un petit pays dont l’économie se chiffre à vingt milliards de dollars US mais où les dépôts atteignent soixante-dix milliards.
M. Jachi a affirmé que malgré les secousses que connaît le pays, la confiance dans le secteur bancaire s’est maintenue. « Notre objectif est de renforcer notre secteur bancaire, a ajouté le premier vice-gouverneur, en élaborant de nouveaux mécanismes utiles pour le marché local ou demandés par les marchés du Golf et ce afin de mettre en exergue la spécificité du secteur financier libanais et sa capacité de se diversifier et d’évoluer. » Et M. Jachi d’ajouter que « l’importance de ce colloque réside dans le fait qu’il se tient à Paris. Le fait que la France, pays laïc, ait pris l’initiative d’organiser, même quelque peu tardivement, cette première rencontre sur la finance islamique est
une initiative positive ».
Le premier vice-gouverneur a expliqué par ailleurs que le Liban, du fait de la « laïcité » de l’État et de la diversité de ses communautés spirituelles, se distingue des autres pays de la région, et s’est toujours adapté aux évolutions dans chacun de ses secteurs et en particulier dans la finance. Il s’est donc doté, dès 2004, de législations répondant aux besoins de certains investisseurs, notamment ceux provenant des pays du Golfe. « Feu Rafic Hariri avait à l’époque prévu la nécessité de ces législations et a pu faire adopter des lois spécifiques à la finance islamique, après de longs débats à l’Assemblée et au gouvernement », a-t-il poursuivi.
En conclusion, M. Jachi a invité la communauté bancaire à ne pas faire un usage abusif du terme « investissement islamique », expliquant à titre d’exemple qu’investir dans une entreprise industrielle n’est pas contraire à la charia, mais ne peut pas être pour autant qualifié d’investissement islamique.
Source : L’Orient-Le Jour, mercredi 12 décembre 2007


