Gaz: Moscou et Téhéran créent une compagnie gazière commune

Eurasie :: Vendredi, 21 décembre 2007 . 16:32 t.u. ::   Envoyer   Imprimer
Gaz: Moscou et Téhéran créent une compagnie gazière commune

La Russie et l’Iran entament un important jeu géopolitique: le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki a proposé jeudi à la Russie de créer une compagnie gazière commune, lit-on vendredi dans le journal Gazeta.

Gazprom avait proposé une telle coopération à Téhéran il y a quelques années, mais les Iraniens ont longtemps réfléchi avant de prendre cette décision. Ainsi, l’Iran ne sera pas un concurrent potentiel de la Russie, capable de fournir du gaz à l’Europe en contournant Gazprom. L’Iran, pour sa part, pourra étendre son exportation de gaz, ne serait-ce que vers les pays d’Orient.

L’Iran consomme à l’intérieur du pays l’intégralité du gaz qu’il extrait (plus de 150 milliards de m3 par an), tandis que les régions frontalières achètent du gaz au Turkménistan voisin: cela revient moins cher. “L’Iran n’a aucun accès aux marchés du gaz extérieurs. Paradoxalement, un pays occupant la deuxième place dans le monde pour ses réserves de gaz est obligé d’en importer”, fait remarquer Konstantin Simonov, directeur général de la Fondation pour la sécurité énergétique nationale.

Afin de contourner la Russie, l’Europe et les Etats-Unis ont élaboré le projet de gazoduc de Nabucco qui devait, de jure, être chargé de gaz azerbaïdjanais et turkmène, mais qui, de facto, comptait sur les gisements iraniens. D’après les experts, il faudrait dépenser au moins 160 milliards de dollars pour développer le secteur iranien du pétrole et du gaz. Mais les Etats-Unis ont effrayé les investisseurs potentiels en menaçant d’intervenir en Iran.

Téhéran envisageait également de vendre son gaz aux voisins de l’Est. Ainsi, le projet de gazoduc Iran-Pakistan-Inde a récemment été examiné. Les fonctionnaires iraniens ont déployé leur talent de diplomates et sont parvenus à persuader l’Inde et le Pakistan, pays qui sont en mauvais termes, de coopérer dans la construction du gazoduc. Les trois parties ont jugé possible la participation de Gazprom à sa construction. Mais ce projet énergétique très important pour la région a été stoppé, principalement à cause de l’ingérence des Etats-Unis dans la situation politique en Asie du Sud. Selon Konstantin Simonov, les Etats-Unis essaient de priver ainsi la Chine de sources d’énergie et de stopper sa croissance économique vertigineuse.

En fin de compte, après avoir soupesé tous les “pour” et “contre”, c’est la Russie que l’Iran a choisie en tant qu’alliée stratégique (les deux pays disposent de la moitié des réserves prospectées mondiales de gaz naturel). Téhéran prend conscience que le secteur du gaz (extraction, transport, traitement, vente, formation des prix) est un de ses atouts politiques les plus importants dans les conditions actuelles d’isolement international partiel de l’Iran.

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