Scandale en Israël lié à des rescapés de la Shoah
Axe Atlantique :: Jeudi, 21 février 2008 :: Serge Dumont ::
«Vous avez une mentalité de rat et vous méritez de moisir là où vous vous trouvez.» C’est en ces termes que Nathan Zeevi, un présentateur de radio connu pour son franc-parler, interpellait mardi l’ex-avocat Israël Perry condamné à 12 ans de prison pour avoir détourné une partie des compensations allemandes destinées aux rescapés des camps nazis.
En 1983, l’Etat hébreu et la République fédérale allemande ont en effet conclu un accord selon lequel tout ancien déporté bénéficiant de la nationalité israélienne depuis 1953 et ne résidant pas dans les territoires occupés peut bénéficier d’un dédommagement pouvant atteindre 100000 marks ainsi que d’une pension allemande et des avantages sociaux joints.
Avocat peu connu mais ambitieux et débrouillard, Israël Perry s’est alors spécialisé dans la représentation des anciens déportés réclamant leur dû à l’Allemagne. Recevant ses clients dans un cinq-étoiles de Tel-Aviv, l’avocat leur proposait de les représenter. Il faisait bien sûr signer des procurations auxquelles les ex-déportés ne comprenaient pas grand-chose.
En fait, en accordant leur confiance à Israël Perry, les rescapés des camps cédaient une partie – voire la totalité de leurs allocations – à une compagnie d’assurances créée par l’avocat dans un paradis fiscal. En vingt ans, l’intermédiaire a ainsi traité des milliers de dossiers. Et détourné 320 millions de marks (environ 150 millions d’euros). Lorsque ses clients se plaignaient de ne pas voir leur dossier progresser, il invoquait la «mauvaise volonté allemande» et les lenteurs de la diplomatie internationale.
L’«escroquerie des pensions allemandes» fait un bruit énorme en Israël. Parce la déportation y est toujours une question sensible et parce qu’Israël Perry a, jusqu’à son arrestation, toujours disposé d’excellentes connexions politiques.
Ce scandale est d’autant plus retentissant qu’il survient quatre mois après que le premier ministre Ehoud Olmert se soit engagé à assurer une fin de vie décente aux 250000 derniers survivants de l’Holocauste résidant dans l’Etat hébreu. Or, cette promesse n’a jamais été concrétisée. Le Trésor refuse de débloquer les fonds et bon nombre d’anciens déportés – parmi lesquels des victimes d’Israël Perry – en sont toujours réduits à la mendicité.
Tel-Aviv, jeudi 21 février 2008
Source : Le Temps


