Discours d´investiture de Raul Castro
Amériques :: Mardi, 4 mars 2008 . 21:01 t.u. :: Raul Castro
Le 24 février 2008 a marqué un évènement historique pour Cuba, la désignation de Raúl Castro Ruz comme président de la République cubaine, succédant ainsi à son frère Fidel qui a assumé cette lourde responsabilité pendant presque un demi-siècle.
A cette occasion, le nouveau président a prononcé un discours d´investiture dans lequel il a marqué les grandes lignes que suivra le gouvernement.
En voici l´essentiel.
Tout d´abord, Raúl Castro s´est dit « conscient de la responsabilité qui sera la sienne devant le peuple dans cette tâche qui lui incombe» et affirme avec force qu´il faut avant tout « continuer à renforcer la Révolution dans un moment historique qui exige d´être dialectiques et créatifs », et cela au sein d´un « Parti Communiste,[qui est] la plus sûre garantie de l´unité de la nation cubaine », conviction qui aura « une importance particulière quand à cause de la loi naturelle de la vie la génération fondatrice qui a forgé la Révolution aura disparu».
Raùl Castro a la réputation d´être un homme pragmatique, et cela transparaît dans tout son discours. C´est pour cela qu´il a préféré attendre pour présenter à l´approbation de la nouvelle Assemblée Nationale du Parti Populaire la composition du nouveau gouvernement, soulignant qu´il ne s´agit pas simplement de nommer des ministres mais de « déterminer quels changements il sera nécessaire de réaliser dans le système des organismes de l´administration centrale de l´état ».
Un état dans lequel Fidel sera absent physiquement mais continuera à être le leader de la Révolution. A cet effet, le nouveau président a demandé à l´Assemblée, organe suprême du pouvoir, « que pour les décisions particulièrement essentielles pour le futur de la Nation, en particulier celles qui ont trait à la défense, à la politique extérieure et au développement économique du pays », il lui soit permis de « continuer à consulter le compañero Fidel Castro Ruz ». Car « Fidel est Fidel, nous le savons tous. Et Fidel est irremplaçable ».
Suit une analyse rapide de l´histoire de la Révolution qui permet de comprendre comment s´est élaboré à Cuba un processus d´institutionnalisation qui « malgré ses imperfections, a permis de structurer un système cohérent et ajusté aux circonstances », comme lorsqu´ « en 1994, au plus fort de la période spéciale » il fallut prendre des décisions qui ont entraîné « des réductions et des fusions d´organismes et la redistribution des tâches ». Ce sont des mesures qui ont été réalisées « avec la précipitation imposée par la nécessité de s´adapter de manière rapide à un scénario radicalement distinct, très hostile et extrêmement dangereux». « Quatorze ans se sont écoulés depuis, au cours desquels le panorama national et international a considérablement changé». Ce qui permet à Raúl d´affirmer qu´il faut aujourd´hui à Cuba « une structure plus compacte et plus fonctionnelle».
Ce qui amènera à « réduire l´énorme quantité de réunions, de coordinations, de permis, de conciliations, de règlements, de circulaires, etc., etc. » et contribuera à « concentrer des activités économiques décisives qui sont actuellement dispersées dans plusieurs organismes, et à faire un meilleur emploi des cadres », ce qui rendra « plus efficace la gestion du Gouvernement ».
Pour y arriver, le nouveau chef du gouvernement requerra de ses membres « une action intelligente, organisée, créative et énergique».
Au niveau de la société cubaine, dans laquelle « la seule source de richesse est le travail productif », « le peuple est fermement soudé autour d´un parti unique qui se doit d´être plus démocratique qu´aucun autre». Les critiques qui se sont fait jour à partir du discours du 26 juillet à Camaguey et qui ont fait suite aux réflexions et aux études menées dans ce cadre constituent simplement « un débat critique au sein du socialisme ». « Il ne faut pas craindre les divergences dans une société comme la nôtre dans laquelle, de par son essence, il n´existe pas de contradictions antagoniques, car les classes sociales qui la composent, elles, ne le sont pas ». L´unité signifie « la lutte commune contre les annexionnistes, les traîtres et les corrompus qui n´ont rien à voir avec des militants révolutionnaires». « Il y a, ajoute le président, des gens qui parlent avant de s´informer», des gens « qui réclament des droits sans jamais mentionner de devoirs », des gens « qui espèrent des miracles de notre Révolution digne et obstinée». A ces gens-là, on ne refusera pas le droit de s´exprimer s´ils le font « dans le cadre de la loi». Mais « si quelqu´un veut faire pression parce qu´il veut jouer les premiers rôles ou parce qu´il est poussé par l´ambition, la démagogie, l´opportunisme, le mensonge, l´autosuffisance ou la faiblesse humaine, il faut l´affronter résolument, sans l´offenser, mais en disant les choses comme elles sont».
« Nous devons être patients et apporter les arguments nécessaires», ajoute Raúl Castro, mais « ne jamais oublier que l´ennemi reste aux aguets». Car les Cubains ne peuvent se montrer « ni extrémistes, ni naïfs ». Et le président de souligner le charivari - « parfois ridicule» - qui se fait entendre chaque fois qu´un citoyen de Cuba dit quelque chose qu´aucun des responsables de cette agitation ne prendrait au sérieux « s´ils l´entendaient dans un autre coin de la planète ».
Concernant l´étranger, Raúl Castro Ruz, après avoir salué « l´inébranlable dignité des Cinq Héros, face à toutes les tentatives pour les faire plier pendant dix ans d´un emprisonnement injuste», se plaît à remercier « au nom de notre peuple,[pour] les innombrables marques de solidarité, de respect, d´affection, de soutien et de souci légitime envers le leader de la Révolution », alors que « d´autres s´obstinent à conditionner les relations avec Cuba à un processus dit de transition, en vue de détruire l´oeuvre de tant d´années de lutte ». Le chef du gouvernement ajoute qu´il a été « pris bonne note des déclarations offensives » qui sont une ingérence ouverte « de l´empire et de quelques uns de ses plus proches alliés ».
Puis le nouveau président a abordé le chapitre de l´économie cubaine à travers les difficultés que le pays rencontre sur le plan interne, précisant que la détermination des priorités et du rythme de leurs résolutions « partira invariablement des ressources disponibles et de l´analyse en profondeur, rationnelle et collégiale, par les organes compétents du Parti, de l´Etat ou du Gouvernement, et dans les cas où ce sera nécessaire, une consultation préalable des citoyens concernés et même de toute la population, s´il s´agit d´un sujet d´une importance capitale ».
Ce qui écarte des changements rapides car, dans ce domaine, « une erreur motivée par l´improvisation, la superficialité ou la précipitation, aurait des conséquences négatives considérables ». Castro insiste sur le fait que l´on ne peut « dépenser plus que ce que l´on a », ce qui implique une planification et une organisation dans lesquelles il faudra fondamentalement faire preuve « d´ordre et de discipline ».
Il faut également tenir compte du fait que « les problèmes actuels de la société cubaine requièrent plus de variantes dans les réponses qui seront envisagées pour chaque problème » qu´il n´y a de cases sur un échiquier, car « on ne peut ignorer aucun détail, et ce n´est pas un chemin facile, mais l´intelligence d´un être humain dans une société révolutionnaire doit prévaloir sur ses instincts ».
Les premières mesures promises pour les prochaines semaines concerneront « l´excès d´interdictions et de régulations ». «Un grand nombre avaient pour unique objectif d´éviter que se créent des inégalités nouvelles, à une époque de pénurie généralisée, même si cela impliquait que certaines rentrées ne puissent être perçues ». On commencera par supprimer les plus faciles, les autres suppressions, même si certains pensent que c´est très simple à faire, devront être l´objet au préalable « d´une étude intégrale » et les changements ne pourront être faits que « selon des normes juridiques déterminées ».
Dans ce domaine aussi, « il va falloir renforcer la discipline et l´ordre social » car, dit Raúl, « le désordre, l´impunité et le manque de cohésion ont toujours compté parmi les pires ennemis d´un peuple qui lutte » et cela sans aller jusqu´à l´extrémisme, et « sans accepter des abus d´autorité ou des injustices ».
Ceci dit, il faut être conscients des « limitations objectives ».
Concernant l´économie, « face à la véritable guerre que le gouvernement des Etats-Unis livre contre notre pays » ajoute le président, « la priorité sera de satisfaire les besoins basiques de la population, aussi bien matériels que spirituels », et cela « en partant d´un renforcement soutenu de l´économie nationale et de sa base productive ». Par exemple en « développant les productions agricoles et en perfectionnant leur commercialisation », comme cela a été fait dans la production de lait où les initiatives locales « ont permis d´économiser plus de 6000 tonnes de lait en poudre dont l´achat aurait coûté plus de 30 millions de dollars ».
Cette politique sera appliquée à « tous les domaines d´une importance capitale pour le pays ».
Concernant le peso cubain, on procèdera à « une réévaluation progressive, graduelle et prudente». « Pour éviter des effets traumatisants et des incongruités, tout changement en rapport avec la monnaie doit être fait selon une vision globale dans laquelle on prendra en compte, entre autres facteurs, le système salarial, les prix minimums, les gratuités et les subsides mirobolants qui sont actuellement dévolus aux nombreux services et aux produits distribués de façon égalitaire, comme le livret de fournitures, ce qui dans les conditions actuelles de notre économie résulte irrationnel et insoutenable».
Dans ce domaine encore, il va falloir augmenter de manière progressive « les investissements et l´épargne de la population, en particulier pour ceux qui reçoivent le moins ». L´objectif « stratégique [sera] d´avancer de façon cohérente, solide et bien pensée, jusqu´à ce que le salaire retrouve son rôle et que le niveau de vie de chacun soit en relation directe » avec « l´importance et la quantité du travail » qui sera fourni à la société. Car, ajoute Raúl Castro, « On ne doit pas faire de cadeau à ceux qui peuvent produire et ne produisent pas, ou produisent peu. On doit primer le mérite de ceux qui travaillent avec leurs mains ou avec leur intelligence».
Tous ces projets reposent sur l´institutionnalisation, l´implication de l´état étant «un des piliers de l´invulnérabilité de la Révolution sur le terrain politique ». Pour conclure, souligne le président, « nous ne devrons jamais croire que ce que nous avons fait est parfait. Nous devons être conscients de ce que le fonctionnement des institutions de l´Etat et du Gouvernement n´atteint pas encore le niveau effectif que notre peuple exige de plein droit».
Donc, pas question de se reposer sur les lauriers de la Révolution. « Le visage sombre de Martí et le regard de feu de Maceo indiquent à chaque Cubain le dur chemin du devoir, et non de quel côté on vit le mieux ».


