La situation humanitaire ne cesse de s’aggraver en Irak
Nation Arabe :: Lundi, 17 mars 2008 . 19:28 t.u. :: Stéphane Bussard
Cinq ans de guerre en Irak ont laissé un pays dévasté. Malgré la réduction relative de la violence due au renforcement des troupes américaines intervenu en 2007, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) estime que la situation humanitaire en Irak est «l’une des plus critiques au monde» dans un rapport de six pages publié ce lundi.
«Le nombre de morts, de blessés et de déplacés a peut-être diminué, des améliorations sont peut-être intervenues au niveau de la sécurité, mais la situation humanitaire, elle, ne cesse de s’aggraver. Elle pourrait à tout moment devenir catastrophique.» Responsable des opérations pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Béatrice Mégevand Roggo ne cache pas sa vive inquiétude dans un pays où les civils sont devenus les otages et les principales cibles des violences.
Selon le rapport du CICR, le système de santé est en phase de délitement avancé. Plus de 2200 médecins et infirmières ont été tués et plus de 250 ont été enlevés. Sur les 34000 médecins que comptait le pays en 1990, au moins 20000 ont quitté le pays. «Les médecins sont l’une des catégories professionnelles les plus ciblées par les violences sectaires. Les infrastructures médicales nécessiteraient d’énormes investissements. Aujourd’hui, elles tournent au ralenti», ajoute Béatrice Mégevand Roggo. Le système a commencé à se détériorer bien avant 2003. Les sanctions de l’ONU par exemple, appliquées pendant douze ans, ont forcé les Irakiens à se concentrer sur les soins d’urgence au détriment du traitement des maladies chroniques, des programmes de santé publique et du maintien des infrastructures.
Le CICR essaie tant bien que mal de parer au plus pressé en fournissant du matériel de base. Les effets de la pénurie de personnel sont encore aggravés par une croissance démographique soutenue. Les hôpitaux manquent par ailleurs de médicaments. Les blocs opératoires ne sont pas suffisants pour faire face à l’afflux de blessés graves. Il y a actuellement en Irak 172 hôpitaux publics offrant 30000 lits. Le pays en aurait besoin de 80000.
Pénurie d’eau potable
Le problème de l’eau est devenu lui aussi lancinant. Les sanctions avaient déjà rendu la situation critique. Mais maintenant, des millions d’Irakiens n’ont pas accès à l’eau et ne peuvent plus compter sur les services publics pour la leur fournir. Les infrastructures sont dans un état de délabrement avancé. La qualité de l’eau est déplorable. Béatrice Mégevand Roggo est consternée: «L’Irak est pourtant un pays extrêmement riche en eau. Si vous le survolez, vous y verrez de nombreux fleuves, barrages, rivères et canaux. Mais cela n’a pas été entretenu. Il n’y a plus rien. Les Water Boards n’ont plus de moyens et souffrent d’un énorme manque d’ingénieurs qui sont pour la plupart partis.»
Des milliers de familles sont écartelées. Certains membres ont fui le pays, d’autres ont été déplacés ou sont mutilés, d’autres encore sont en détention ou ont disparu - on estime entre 375000 et un million le nombre de disparus entre 1980 et 2003. «Du coup, les femmes doivent beaucoup assumer. C’est d’autant plus difficile qu’elles font l’objet d’un raidissement au niveau des mœurs. Elles font l’objet de beaucoup plus d’intolérance.»
Et l’avenir? La responsable du CICR ne cache pas que la réconciliation et la reconstruction, si elles peuvent un jour débuter, seront très douloureuses: «En Irak, on a atteint des niveaux de cruauté et de perversion jamais égalés dans l’usage de la violence.»
Source : Le Temps


