Cuba, un tournant ni “gorbatchévien”, ni américain

Amériques :: Mardi, 25 mars 2008 . 19:12 t.u. :: Saïd Djaafer   Envoyer   Imprimer
Cuba, un tournant ni “gorbatchévien”, ni américain

Raul Castro n’est plus l’intérimaire de son frère, il est le boss à Cuba.

L’assemblée nationale cubaine a entériné, dimanche 24 févier 2008, le pouvoir de fait, exercé par Raul Castro, depuis l’hospitalisation de Fidel Castro, il y a 19 mois. Carlo Lage, l’actuel vice-président, aurait pu, avec ses 56 ans, être l’incarnation d’un saut générationnel où les historiques cèdent le pouvoir aux jeunes. L’assemblée cubaine a préféré la prudence. Le vieux Raul Castro (76 ans), qui veut réformer l’économie est numéro un, il est secondé par un autre historique, José Ramon Machado Ventura (77 ans). Carlo Lage, le “jeune” attendra son tour, mais vu l’âge et la santé, des deux premiers, il a déjà le pied dans l’étrier. Un dosage pour une “succession sans traumatisme avec Fidel en tête”, selon la formule du président vénézuélien Hugo Chavez.

Lancer les réformes

Carlo Lage pourrait en effet se retrouver dans la posture de premier ministre avec pour mission de lancer des réformes de l’économie. Quid alors de Fidel Castro, qui a mis fin au provisoire, le 18 février dernier, en annonçant qu’il n’accepterait plus la charge de président du Conseil d’Etat et de Commandant en chef ? Son retrait n’est pas faux, il n’est pas sérieux de croire qu’il continuera à tirer les ficelles de sa suite d’hôpital, même si Raul Castro a annoncé qu’il continuera à le consulter pour les “décisions majeures”.

Le tournant est bien pris, mais il porte la marque du Lider Maximo. Les anticastristes de toujours, les déçus de la révolution - il n’en a pas manqué, y compris parmi les compagnons de la première heure - mettent en avant son “pouvoir dictatorial” et une politique qui aurait ruiné l’économie du pays. Les défenseurs du Lider Maximo font remarquer que Cuba, qui s’est forgée dans l’adversité en subissant un des plus longs embargos économiques de l’histoire, et face à l’hostilité active de la plus grande puissance du monde, ne s’en tire pas si mal. Et qu’elle n’est en tout cas pas le désastre absolu décrit dans la presse occidentale. Sur cet aspect, le PNUD (programme des Nations unies pour le développement), pourrait être considéré comme une source objective, peu suspecte de sympathies révolutionnaires. Selon son indicateur du développement humain 2007-2008, mesurant le niveau atteint par un pays en terme d’espérance de vie, d’instruction et de revenu réel corrigé, Cuba est à la 51e place dans un classement comprenant 177 pays. Juste derrière l’Uruguay (46), le Costa Rica (48) et les Bahamas (49), avant le Mexique (52) et loin devant de nombreux autres pays d’Amérique latine comme le Brésil (70) ou le Venezuela (74). Mais il est évident que l’âpre controverse entre les détracteurs et les partisans de Fidel Castro se poursuivra longtemps, c’est la loi du genre.

Le compañero fidel écrit

Le seul constat, relativement commun, est que Cuba a besoin de changement. Les Cubains le pensent. Les Américains et les Européens, aussi, ont leur propre avis sur la nature des changements qu’il faut pour Cuba. Fidel Castro, qui semble croire qu’il y a une vie après le pouvoir, dans l’écriture, a aussi le sien. Dans ses “Réflexions du compañero Fidel” du 21 février, il commente avec humeur les réactions suscitées, coté américain, par sa décision, annoncée le 18 février 2008, de passer définitivement la main. « Un demi-siècle de blocus ne leur semble pas assez, à ces privilégiés. “Changement, changement, changement!”, s’égosillent-ils à l’unisson. Je suis d’accord pour du changement, mais aux Etats-Unis ! Il y a belle lurette que Cuba a changé et qu’elle tiendra son cap dialectique. “Ne jamais retourner au passé !”, s’exclame notre peuple. “Annexion, annexion, annexion !”, scande l’adversaire, parce que c’est à ça qu’il pense, au fond, quand il parle de changement. ». En rendant le tablier, Fidel Castro ouve le chemin d’une transition qui ne sera pas « gorbachévienne » et encore moins américaine. Difficile de faire l’impasse sur une histoire de 50 ans, entièrement façonnée par la résistance aux gouvernements américains. Cuba ne veut pas se laisser pas absorber par Miami l’anticastriste, qui dicte la politique cubaine des Etats-Unis. Fidel Castro, lui, fera ce qu’il pourra pour que cela n’advienne pas : il écrira. Les Cubains liront.

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