L’Union méditerranéenne ou pour la Méditerranée : une approche gigogne

Verbatim :: Vendredi, 25 avril 2008 . 19:58 t.u. :: Tewfik Hamel   Envoyer   Imprimer
L’Union méditerranéenne ou pour la Méditerranée : une approche gigogne

« Nous avons tous été si occupés par des problèmes ou jour le jour faute d’avoir eu jamais la moindre possibilité de prendre une vue d’ensemble de la situation et élaborer une politique adaptée, nous avons dû vivre de crise en crise ».
Le premier ministre britannique à son collègue Baldwin, 1931.

Il semble que l’Union Méditerranéenne proposée par le candidat Sarkozy dans son discours de Toulon de février 2007 n’a plus grand chose à voir avec l’Union pour la Méditerranée retenue après le sommet tripartite franco-italo-espagnol de décembre 2007. Un caméléon en perpétuelle métamorphose, à son stade encore d’idée en attente qu’elle soit portée par un projet au contours bien précis, il n’est possible de se prononcer sur plusieurs interrogations que suscite le projet telles : s’agit-il d’un nouveau discours ou d’une nouvelles approche ? Une panacée ou palliatif et rafistolage ? Que sera sa valeur ajoutée ? Sa couverture géographique ? La réaction des uns et des autres et déceler ce qui relève du discours, de la tactique et de la stratégie ? Son financement et quelle sera sa relation à l’UE ? Une approche réaliste suppose que c’est de sa future fonction que dépendent une large partie de ces interrogations. (1) Donc c’est à partir de l’examen des fonctions qui s’attachent à toute aire politiquement structuré. Si un espace s’organise, c’est parce qu’il a des fonctions à remplir et qu’aucune coopération régionale ne peut se construire sans que les participants aient conscience d’en tirer les avantages réciproques ainsi que la présence d’un « capital social » (2) est essentiale. Un constat auquel l’Union méditerranéenne ne fait pas exception et c’est « […] la nature et l’étendue du problème qui détermineront la forme adéquate de l’institution ».(3)

Nouvel discours ou nouvelle approche

Dire que la France est acteur majeur en Méditerranée moins par sa géographie que par sa puissance, son influence et ses intérêts implique, du fait, que l’UM ne puise pas dans l’altruisme et que « toute volonté est volonté de quelque chose ; elle a un objet, un but de ses efforts » et « la base de tout vouloir est besoin, manque, donc douleur […] » (4). L’’arrière plan du projet l’Union méditerranéenne reflète une situation à laquelle il faut y remédier : Aggravation de la périphérisation de la Méditerranée dans l’économie mondiale ; inadéquation des politiques méditerranéennes de l’Union européennes ; l’érosion de la place de la France en tant qu’acteur géopolitique méditerranéen ; une volonté de rééquilibrage de l’UE vers le Sud et conforter sa place au sein de cette dernière ; multilatéraliser le problème algérien et sortir d’un face à face parsemé d’obstacles. En dernière analyse, l’initiative reflète une prise de conscience de la nouvelle réalité des relations internationales et une volonté de réajustement et de réadaptation aux nouvelles réalités de mondialisation avec ses faces sombre et conviviale donc c’est la revanche de la région (régionalisation) du village-monde (mondialisation)et du politique de l’économique.

Le rapport de la France à la Méditerranée, et plus spécifiquement le Maghreb, « c’est aussi un enjeu qui touche à l’histoire et à la composition de la société française » (5). L’importance des liens et des interactions concourent pour se demander si pour aborder le Maghreb il ne faut pas traiter de l’Europe et de la France en particulier? Évoquer le Maghreb c’est parler de l’Europe. Pourra-t-on dire autant des rapports des pays baltes à la Méditerranée (6). « Chaque élargissement change la taille, la géographie, la composition, l’étendue et la direction de l’Union » et « cause une métaphore des relations de l’UE avec le monde extérieur » et souvent au dépriment de la Méditerranée –plus d’élargissement moins d’intégration vers le Sud- donc au dépens des intérêts français. Corolaire de ce délaissement, l’initiative française n’est qu’une réaction instinctive pensée en terme de remède ce qui rend incompréhensible la réactions de certains dirigeants européens d’autant plus que d’autres pays européens ont déjà rompu avec le principe qu’ « en dehors de l’église [UE] point de salut » puisque l’UM n’est qu’un prototype –mais dans une région hautement stratégique.

La Méditerranée, une morphologie complexe

Dans sa signification géopolitique, la méditerranée avec sa dimension maritime et continentale à été une région névralgique où se disputent l’Occident et l’Orient, ainsi que les grandes puissances. Ouvrir la « boite noire » Méditerranée « sans détruire le concept » c’est démêler un chevauchement de multiples dialectiques s’alimentant les unes les autres, c’est comprendre le fonctionnement de tout dans une vision d’ensemble d’une équation méditerranéenne qui implique qu’il n’est plus possible d’accéder au fonctionnement de ce tout sans avoir une appréciation des éléments composant ce tout : Nord/Sud, pays riches/pauvres, centre/périphérie ; Etat comme « intelligence personnifiée de la collectivité » dont parlait Clausewitz/ l’Etat néo-patrimonial ; démocratie/autoritarisme ; Islam/Occident ; laïcité/religieux ; déclaration universelle des droits de l’Homme/déclaration islamique des droits de l’Homme ; ex-colonisateur/ex-colonie ; importateur/exportateur du pétrole ; pays à démographie galopante/ pays à démographie vieillie et ridée ; etc. Ces éléments se superposent les uns aux autres de façon matriochkienne -l’image de la Poupée russe- dans un écheveau inextricable et deviennent très difficiles à démêler ou même à contrôler.

La complexité des problèmes devient donc ici fonction de cet enchevêtrement, interconnexion et interaction, donc à la morphologie de la région à laquelle s’ajoute l’intrusion de puissance extérieure corolaire de son importance stratégique et le poids de l’histoire. L’histoire de la Méditerranée dissimule les plus âpres conflits d’intérêts. « Le tout peut se résumer en une simple équation de la forme : C =A+E ; Où « C » désigne le comportement conflictuel (la variable dépendante [méditerranéenne]: c’est-à-dire à décrire ou à expliquer) dont les caractéristiques propres sont fonction de (A) acteur et de son (E) environnement ».(7) La finesse du diagnostic de « C » déterminera la bonne thérapie. En Méditerranée, des antagonismes susceptibles de provoquer un « séisme géopolitique » dans une région qui vit, selon une formule R. Aron, « dans une période de ‘’guerre pacifique’’ ou de ‘’paix belliqueuse’’ » sont latents. La vigilance d’un événement particulier est de mise car, averti Hannah Arendt, (8) événement imprévisible interrompt des processus politique et met un terme à l’ordre précédent. En fonction de leurs dimensions ils se résument à trois grandes catégories : antagonisme directeurs, d’environnement et résiduel.(9)

La conflictualité en Méditerranée

Le premier, à l’image de conflit Est-Ouest de la guerre froide, il tend, du même coup, à figer les autres. Aujourd’hui, c’est l’axe Nord/Sud, et non le choc des civilisations, qui canalise le niveau de conflictualité car il constitue le noyau dur de la « équation méditerranéenne » (déséquilibre démographique, économique, distance culturelle, diversité des systèmes politiques, etc.,) ; le deuxième se manifeste plus, à des degrés divers, dans le Sud et l’Est Méditerranéens et dans les Balkans avec des conséquences limitée géographiquement, touche aux questions des frontières (tension gréco-turque, le Sahara occidental qui est en enjeu maghrébin, le conflit israélo-palestinien ou ce volcan à irruptions répétées ), conflictualité liée au question d’approvisionnement énergique, la question d’eau, les conflits religieux (la montée de l’islamisme), et, enfin, les antagonismes résiduels, endossent tous ce qui « survivent à toutes les formes de régulation ou d’intégration mises en place par les Etats ou par les institutions internationales, à toutes les négociations et à tous les compromis toujours recommencés. Ils sont de toutes origines, mais les plus durables sont ceux d’ordres ethnoculturels »(10) (la question berbère, basque, kurde), crise politico-identitaire et de légitimité des régimes, le phénomène de la « zone grise », (11) l’absence de l’application du droit international, les flux migrations, les problèmes d’environnement, prolifération nucléaire, etc.

Security Global = Hard Security + Soft Security (12)

Alors que sans une appréhension fine des problèmes de sécurité, on ne peut énoncer et mettre en œuvre une stratégie cohérente d’objectifs et de moyens, il y a une dimension égocentrique dans la définition de celle-ci qui, elle-même, fonction de la menace, c’est-à-dire fonction d’un contexte spatio-temporel, politique, socio-économique et culturel. Elle est toujours subjective et intersubjective corolaire de l’environnement immédiat et de l’autre, plutôt de la menace que représente l’autre. N’est-il pas que le dilemme de la sécurité est d’organisé cette relation de sécurité avec un adversaire et contre lui. En conséquence, une différence de langage, absence de perception commune de la menace donc une définition confuse de la sécurité -parfois voulue par les acteurs qui ont tendance à y inclure tout. A l’image d’une morphologie complexe de la méditerranée et de la menace, une conception confuse de cette dernière et une conflictualité aux origines multidimensionnelles, la réponse ne peut être que globale et multidimensionnelles.

La sécurité globale est une sécurité collective, coopérative et multidimensionnelle des biens communs de l’humanité. Elle a comme soubassement les rapports successifs des commissions Palme, (13) Brandt, (14) Brundtland (15), ONU (16), PNUD (17) et Ramphal(18), ecommandant la reconceptualisation de la sécurité sur une base multicentré et multilatérale et afin que les Etats, les organisations intergouvernementales et organisations non gouvernementales affrontent collectivement les nouveaux risques. C’est le principe de « la sécurité de tous par tous et pour tous » dans toutes ses dimensions.

L’originalité du processus de Barcelone était de trancher avec une conception hard de la sécurité et était une vision apaisée des relations internationales constituant de fait (avec ses trois volets : politique, économique et financier, culturel et humain) un précédent, un laboratoire, un modèle d’une approche globale de la sécurité mis en œuvre au niveau méditerranéen. L’Union Méditerranéenne qui se veut une sorte de coopération renforcée au sein du partenariat euro-méditerranéen, intervient à un moment où celui-ci est en état comateux avec un risque tout simplement de se faire euthanasier sous l’effet d’une bilatéralisation excessive de Politique Européenne de Voisinage.

Couvrant moins de pays que la PEV, se voulant plus efficace que le partenariat euro-méditerranéen tout en lui empruntant la même méthode, c’est-à-dire l’UM doit refléter une prise de conscience de la nouvelle réalité des relations internationales et une volonté de reformuler les relations euro-méditerranéennes sur de nouvelles bases. D’où une nécessaire rupture avec les conceptions typiquement mercantilistes pour envisager de nouveaux rapports basés sur une approche multisectorielle de la sécurité qui n’obéissent pas à ce que François Perroux appelait « emprise de structure » ou « effet de domination », donc à une conception structurelle du pouvoir au sens de Susan Strange (la capacité de quelques acteurs de définir les règles de jeu, l’agenda, l’ordre du jour et l’environnement dans lequel les autres sont contraint d’agir). « Seul un vrai contrat de développement entre les deux rives pourra assurer, à terme, une sécurité globale, collective et négociée, dans la région » (19) A l’unisson, c’est à la lumière de ce qui suit que l’UM peut être jugée.

L’UM comme enceinte démocratisation

La légitimité repose sur le principe selon lequel les règles et les institutions, considérées sous le double rapport de leur organisation et de leurs effets, satisfont aux principes de l’ordre er de justice et qu’« avant d’incarner une communauté humaine [l’Etat] est destiné à la servir ».(20) Parlant de la « sécurité sociétale », Barry Buzan écrit : « La plupart des citoyens affrontent des menaces qui émanent directement ou indirectement de l’Etat ». (21) Au sein des régimes autoritaires, l’Etat constitue la principale menace exercée contre sa population, soit en raison de sa domination sur celle-ci, soit parce qu’il est trop faible pour assurer son autorité et assumer ses responsabilités.

Dans la même veine, en juin 1999, la secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, déclarait que « l’être humain est au centre de tout. Le concept même de souveraineté nationale a été conçu pour protéger l’individu, qui est la raison d’être de l’Etat, et non l’inverse» (22). Corollairement, la solution ne peut être qu’un Etat de droit, démocratique. Proudhon disait qu’« il n’est de richesses que d’homme ». À l’unisson, si rien n’est possible sans l’homme, rien n’est durable sans des institutions légitimes sachant que « la justice est la première vertu des institutions sociales comme la vérité est celle des systèmes de pensées ». En conséquence la dimension humaine et des droits de l’homme, de démocratie et d’Etat de droit doit figurer au cœur du projet méditerranéen ce qui implique une nécessaire implication des sociétés civiles des pays concernés. Les dirigeants de la rive sud doivent cesser de légitimer leur autoritarisme tantôt culturellement au nom de l’incompatibilité de l’islam et la démocratie, tantôt au non des droits économiques et sans se poser de question du lien existant entre le développement économique, la bonne gouvernance, pluralisme politique, respect des droits de l’homme.

L’UM comme réponse au « chacun pour soi » des Etats

« Pour asseoir l’ordre mondiale, le monde opère encore sur le mode étatique du chacun pour soi, alors que les menaces à la communauté et à la sécurité individuelle deviennent de plus en plus transnationales ». Un constat qui symbolise « la tragédie des bien communs » et prend toute sa pertinence dans la Méditerranée. Aujourd’hui, sortir du « chacun pour soi » des Etats devient une nécessité et, par surcroit, la logique des « boules billards » cède la place à la « toile d’araignée ». Face à l’inflation, la mondialisation, la déterritorialisation de la menace, elle-même a changé de visage –une sorte de caméléon, partout et nul part- les solutions nationales deviennent peu séduisantes et moins efficaces. Toutefois, l’UM ne doit pas être un moyen d’institutionnaliser ce que François Perroux appelait « emprise de structure » ou « effet de domination » ce qui implique que le contenu des nouveaux rapports ne doit pas refléter une conception « structurelle de la puissance », au sens de Susan Strange. C’est-à-dire la capacité d’une catégorie d’acteurs à définir les règles de jeu, les priorités, l’ordre du jour, donc l’entourage dans lequel les autres sont contraints d’agir et sans y participer.

Par la géographie, l’histoire et ses intérêts, reprenant Anouar Abdel-Malek, « le rôle de l’Europe méditerranéenne se précise ainsi de manière éclatante en tant qu’influence de médiation entre un passé d’hégémonie occidentale d’une part, et l’orient arabe islamique en renaissance et en révolution d’autre part ». L’Europe puissance ne peut pas se passer de son voisinage, de son « étranger proche », pour peser sur les affaires du monde. Or, outre que l’UE a beaucoup délaissé sa rive Sud, on a l’impression que celle-ci cherche à devenir un acteur politique global et ensuite peser sur son voisinage. Le bon sens suppose que c’est en s’appuyant dur son « étranger proche » que l’Union pèsera sur les affaires du monde et des grands dossiers internationaux. D’où l’intérêt d’une Union méditerranéenne restrictivement méditerranéenne comme pont entre l’Europe de 27 et la rive Sud en réponse à la logique plus d’élargissement moins d’intégration du Sud.

L’UM comme réponse à la mondialisation

« La mondialisation [qui] entraine dans son sillage sa propre conflictualité » avance au risque de fragmentation des sociétés, au risque de la dégradation de la planète et risque d’un épuisement des ressources. Sur le plan économique, trois tendances lourdes caractérisent ce phénomène de compression de temps et de l’espace : une croissance incontestable du commerce et de la richesse mondiale ; un renforcement de la multipolarité économique, corolaire de la montée de nouveaux acteurs ; la mondialisation entraine une réduction de la pauvreté à l’échelle de la planète (définie comme la part de la population mondiale vivant avec moins d’un dollars par jour). En revanche, si la pauvreté régresse à l’échelle mondiale, le différentiel de richesse entre les riches et les pauvres explose, au sein des nations comme entre les nations. En conclusion,« confronté au fait que l’homme moderne vit plus misérablement que l’homme des cavernes alors que sa capacité de production est mille fois grande, on est obligé de conclure que la classe capitaliste a mal gouverné (…) Egoïstement et criminellement mal gouverné ».

Le faible niveau d’intégration des pays de la région méditerranéenne constitue un manque à gagner pour tous les pays concernés. En matière d’intégration, la région enregistre un fort retard par rapport à l’Asie ou à l’Amérique, ce à quoi il faut remédier. La métaphore planétaire du contraste Nord-Sud trouve sa concrétisation dans la méditerranée. La rive Sud est intégrée à l’économie mondiale, via l’Europe, dans la dépendance et, si, « le développement économique et le sous développement constituent les deux faces opposées d’une même pièce », c’est aux pays de Sud que revient la grande responsabilité de cet état de fait comme le montrent les sommets de l’Union du Maghreb Arabe qui se suivent pour figer le statu quo grace à des stratégies de neutralisation. En l’occurrence, la « masse stratégique » de la Méditerranée démontre qu’un « séisme géopolitique » avec un risque de déstabilisation reste élevé. Bien que les menaces à caractère militaire apparaissent faibles, les processus qui concourent le plus souvent à la dégradation de la sécurité en Méditerranée sont de nature économique et démographique et leur conjugaison promet des situations explosives pour l’avenir.

L’UM comme expression d’un « multilatéralisme inter-civilisationel »

Plus grave, la Méditerranée risque de souffrir d’une fracture qui tend à s’agrandir entre les peuples celle de la rupture des esprits. Selon Immanuel Wallerstein, la culture devient « le champ de bataille idéologique du système monde moderne » et la « géo-culture » « […] représente l’arrière-plan culturel dans lequel opère le système mondial » Si « le frère, d’après un proverbe japonais, est le commencement de l’étranger », la culture est-elle pour quelque chose et est-elle aussi déterminante ? L’identité est déterminée en partie par la culture et se construit dans la relation aux autres. Une relation qui ne va pas de soi lorsque l’autre vient d’une culture différente. Cependant, se différencier ne signifie pas s’opposer. « Se construire comme différent des autres » ne signifié pas « se construire contre les autres ». Cela dit, le dialogue ne modifie pas des réalités mais offre un outil de gestion de risques. Développer des liens et nouer des dialogues dans l’espoir de réduire les risques de conflits ne se décrète pas, mais se construit.

L’enjeu dans la Méditerranée consiste à inventer un projet politique, un projet frontalier « dans le sens où il recompose la figue de soi et l’autre, du semblable et du différent, donc les composantes de l’imaginaire et du symbolique » (Raymond Weber), d’une part, et d’autre part, à articuler la démocratie et la culture afin de dépasser le clivage entre le politique et les appartenances ethniques, religieuses ou linguistiques. Par conséquence, le soubassement de base du projet méditerranéen ne doit pas être de nature économique, mais un contrat de nature sociale qui intègre une conception de la démocratie, des droits de l’homme et une vision stratégique pour l’ensemble de la région reflétant son hétérogénéité. Pour cela une prise de conscience de la complexité des problèmes est nécessaire ainsi qu’une résistance aux explications simplistes et culturalistes. Ce qui implique une capacité de penser l’islam sans être musulman, de penser le christianisme sans être chrétien, de penser la féminité sans être une femme, etc. Donc l’initiative d’ « Alliance de civilisation » peut et doit être approfondie dans m’importe quel projet méditerranéen.

Si, par le passé, l’expansion de l’islam vers l’Europe s’est faite via le Maghreb, aujourd’hui c’est via ce dernier que l’Europe pourra propager et défendre le nouveau droit divin, du XXIe siècle, incarné –schématisant- par le verdict des urnes et de la laïcité. Quoi qu’il en soit, le Maghreb est plus proche de l’Europe que du Moyen-Orient. Permettre l’émergence d’un Maghreb intégré, démocratique et développé c’est en faire un partenaire dans le monde arabe ; le messager de l’Occident dans le Moyen-Orient ; un stimulant pour la politique africaine de l’UE, d’autant plus que cette dernière se trouve parfois paralysée par la question de la colonisation et enfin, c’est amorcer un nouveau type de rapports Nord-Sud plus juste, plus équitable. La légitimité d’un système politique national, régional, international, est indissociable de sa capacité à assurer l’ordre et la justice. N’est-il pas approprié de sortir de ce rafistolage et envisager de nouveaux rapports qui vont au-delà des principes d’intégration, stabilisation et sécurité et dotée enfin la région d’une véritable vision stratégique.

(Tewfik Hamel – Doctorant en sciences politiques à l’Université Robert Schuman)

Notes

1 - C’est Richard Hartshorne, « The fonctionnel approach in Political Geography », Annals of the American Geographers, New York, 1950 ; qui a introduit l’analyse fonctionnelle dans les études de géographie politique américaine. Voir Gérard Dussouy, Les théories géopolitiques, L’Harmattan, Paris, 2006, p. 221.

2 - Putnam le définit ainsi : « les réseaux, les normes et la confiance qui favorisent la coordination et la coopération à la base d’un lien commun » et Pierre Bourdieu en ces termes : « l’ensemble des ressources actuelles ou potentielles qui sont liées à la possession d’un réseau durable de relations plus au moins institutionnalisées d’interconnaissance et d’inter reconnaissance ; ou, en d’autres termes, à l’appartenance à un groupe, comme ensemble par l’observateur, par les autres ou par eux-mêmes), mais sont aussi unis par des liaisons permanentes et utiles » dans P. Bourdieu, Esquisse d’une théorie de la pratique, précédée de trois études d’ethnologie kabyle, Droz, Genève, 1972, p. 47.

3 - David Mitrany, A Working Peace System, Londres, Royal Institue of International Affairs, 1943.

4 - Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, PUF, Paris, 1998, p. 214 et 216.

5 - Bichara Khader, L’Union méditerranéenne un beau discours ou une bonne idée ?, Diplomatie, n°. 31, mars/avril 2008, pp.34-41.

6 - A juste titre, selon un sondage Eurobaromètres réalisé en 2004 dans les vingt-cinq Etats de l’UE, 55% des personnes interrogées estiment que « l’Europe est la mieux placée pour aider les populations pauvres d’Afrique à se développer », alors que, dans les dix nouveaux Etats membres, elles ne sont que 31% à partager cette opinion (voir Eurobaromètres, « Attitudes envers l’aide au développement », Spécial, 222, février 2005, p. 22)

7 - Expression de Bahgat Korany, « Vers une redéfinition des études stratégiques », in Charles-Philippe David (sous direction), Les études stratégiques. Approches et concepts, Ed. Méridien, Québec, 1989, p. 39.

8 - Hannah Arendt, Penser l’événement, Belin, Paris, 1989.

9 - Trois distinctions empruntées à Jean Beauchard, La Dynamique conflictuelle, Paris, Ed. Réseaux, 1981.

10 - Gérard Dussouy, op.cit, p. 97.

11 - La terme du « phénomène de zone grise » a été pour la première fois employé par Xavier Raufer en 1991 et le définit ainsi : « Cette expression, qui trouve son origine dans le vocabulaire du contrôle aéronautique, fait référence aux secteurs non couverts par le balayage des radars. Dans le cas présent elle désigne des territoires échappant à tout contrôle étatique, où sévissent une ou plusieurs forme de criminalité organisée, aux confins du ‘’politique’’ (guérillas) et du ‘’droit commun’’ (trafiquants). Dans ces zones, les nouvelles puissances mi-criminelles et mi-guerrières ont acquis un progressivement des comportements de type étatique : création et entretien de forces armées, politiques de communication sophistiquée, négociation d’égal à égal avec des gouvernements ». Voir Xavier Raufer, in Notes & Etudes de l’Institut de criminologie, n° 21, numéro spécial : « Une menace grave et méconnue, les zones grises »

12 - Dominique David, Sécurité : L’après New York, Presses de Sciences Po, Paris, 2002, p. 17.

13 - En 1982. Celle-ci tire s’est penchée sur la dimension du désarmement.

14 - La Commission Brandt sur le développement international identifie, en 1983, la relation qui existe entre la sécurité et le développement et avance la thèse d’une instabilité plus grande à l’échelle mondiale comme conséquence de l’aggravation des inégalités entre pays riches et pauvres provoquant injustice et famine et risques de déstabilisation croissants.

15 - La Commission Brundtland sur l’environnement et le développement présente, en 1987, sa vision du développement durable. L’écosystème devient alors un enjeu central de la sécurité.

16 - En 1992, la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement durable réitère l’importance et l’influence de la société civile pour amener le concept le concept avec les gouvernements les transformations désirées en vue d’une sécurité plus adaptée aux besoins individuels et collectifs.

17 - En 1994, le Rapport du PNUD, identifie six défis nouveaux et globaux pour la sécurité : la croissance démographique, les disparités économiques, les migrations massives, la détérioration des conditions de l’environnement, le trafic de drogue et le terrorisme international.

18 - La Commission Ramphal sur la Gouvernance globale établit, en 1995, les ….Elle soutien des actions collectives pour établir des normes et des institutions de sécurité en mesure de contrôler les causes et les effets adverses de problèmes nationaux, transnationaux ou supranationaux.

19 - Bichara Khader, L’Europe et la Méditerranée. Géopolitique de la proximité, L’Harmattan,

20 -Bichara Khader, L’Europe et la Méditerranée. Géopolitique de la proximité, L’Harmattan, Paris, 1994, p. 8

21 - Bertrand Badie cité dans Charles-Philippe David, La guerre et la paix. Approche contemporaine de la sécurité, 2e éd., Les Presses de sciences Po, Paris, 2006, p. 100.

22 - Ibid. p. 106.

23 - Ibid. p. 102.

24 - John Rawls, Théorie de la justice, le Seuil, 1987, p. 29.

25 - D’une part, centralisée et collégiale, l’ecclésiologie de l’église catholique est, selon l’expression de Jean Paul II, « étrangère au principe philosophico-politique de la démocratie » : (M. Merle, C. de Montclos, L’Eglise catholique et les relations internationales, Le Centurion, Paris, 1988, p. 36) d’autre part, « l’Islamisme s’inscrit pour une large part, dans une dynamique d’intégration au jeu politique constitutionnel. Les limites à cette intégration ne viendraient pas de ses caractéristiques propres, mais de la situation que lui font les régimes en place dans le monde arabe, c’est-à-dire des caractéristiques des régimes eux-mêmes. […] L’islam n’est pas la variable explicative de la politique islamiste ; la variable explicative, c’est le système politique […] » dans Jean-Noël Ferrié, La parlementarisation de l’islam politique : la dynamique des modérés, septembre 2005, p. 5 : www.euromesco.net

26 - Seyom Brown cité dans Philippes-Charles David, op.cit, p. 110.

27 - Garret Hardin, « The Tragedy of the Commons », Sciences, 162, 1968, pp. 1243-1248. (218)

28 - La Maisonneuvre, ibid,, p. 100.

29 - Jack London, en 1906 cité dans Howard Zinn, Le XXe siècle américain. Une histoire populaire de 1980 à nos jours, Agone, Marseille, 2003, p. 42.

30 - André Gunder Frank cité dans pierre de SENARCLENS & Yohan ARIFFIN, La Politique internationales, 5e édition, Armand Colin, Paris, 2006, p. 116.

31 - Gérard Dussouy, op.cit, p. 31.

Poster un commentaire

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.