L’échange Hezbollah-Israël : les Israéliens pris entre sanglots et chants guerriers

Empire du Mal :: Mardi, 22 juillet 2008 . 9:23 t.u. :: Gilad Atzmon   Envoyer   Imprimer
L’échange Hezbollah-Israël : les Israéliens pris entre sanglots et chants guerriers

En faisant une revue de la presse en hébreu sur le pornographique lamento collectif israélien , j’ai trouvé, à ma grande surprise, un éditorial critique, écrit par le Dr. Mordechai Keidar, un universitaire israélien de droite :

« Nos ennemis », écrit Keidar, « voient, en face d’eux, une nation frénétique, émotionnelle, larmoyante, corrompue, hédoniste, possessive et libérale. Des gens qui piquent et bouffent, des gens sans racines historiques, des gens en manque d’idéologie, dépourvus de valeurs, sans le moindre sens de la solidarité. Des gens qui ne sont concernés que par l’ « ici et maintenant », des gens qui sont prêt à payer n’importe quel prix, sans la moindre considération pour les graves conséquences de leur inconscience. »

(Dr Mordechai Keidar : www.ynet.co.il).

C’est quelque peu réconfortant, de découvrir que quelqu’un, en Israël, peut être conscient de la sévérité avec laquelle la réalité israélienne est perçue ailleurs. Keidar saisit à quel point le festival de deuil actuel semble pitoyable aux gens de l’extérieur, en particulier aux voisins d’Israël. Même si on peut ressentir de la sympathie pour la peine éprouvée par les proches des soldats, il n’en reste pas moins que Regev et Goldwasser étaient des hommes en uniforme servant dans une armée particulièrement hostile. Lors de leur enlèvement, ils patrouillaient le long de la frontière disputée entre Israël et le Liban. Pour ceux qui n’auraient pas encore bien compris le topo : c’était des soldats, et pas de simples « civils innocents ». Ils étaient théoriquement en mesure de se défendre.

Le cas de Gilad Shalit n’est pas vraiment différent. Shalit, que les médias planétaires présentent comme une « victime innocente », n’était rien d’autre qu’un gardien posté dans un camp de concentration israélien nommé Gaza. Shalit, comme Goldwasser et Regev, portait un uniforme des FDI lors de sa capture. Ni Regev, ni Goldwasser, ni Shalit n’ont été des victimes. Tous les trois, ils étaient au service d’un pays qui recourt à des tactiques génocidaires dévastatrices, entre autres le recours à la famine, l’épuration ethnique et l’assassinat de ceux qu’il considère comme ses ennemis.

Il est toutefois particulièrement étonnant de constater à quel point la mémoire collective israélienne est courte. Le ratage de l’opération de sauvetage de Regev et Goldwasser, par les FDI, suite à l’embuscade réussie du Hezbollah, a entraîné le déclenchement de la Seconde guerre du Liban par Israël. En représailles, par vengeance, Israël a démoli l’infrastructure du Liban, il a nivelé au sol des villes et des villages entiers du Sud-Liban, ainsi que certains quartiers de Beyrouth. Il a tué un millier de civils libanais. D’une certaine manière, les Israéliens ont réussi à oublier tout ça. La seule chose que les Israéliens voient, ce sont deux cercueils noirs. Ils ont même réussi à ignorer le fait qu’en échange, eux-mêmes venaient de livrer 190 cercueils rudimentaires contenant les corps de combattants du Hezbollah.

Les Israéliens sont particulièrement doués pour ne voir qu’eux-mêmes. À leurs yeux, leur douleur est, en quelque sorte, supérieure à celle que d’autres peuvent ressentir. Il y a cependant quelque chose qui m’intrigue. Le spectacle collectif de pleurnicherie nécrophile israélienne me laisse perplexe. Si Israël et les Israéliens n’arrivent pas à surmonter deux morts (certes tragiques) de militaires israéliens, comment pourront-ils assumer la guerre mondiale qu’ils brûlent de déclencher contre l’Iran ? Si les Israéliens n’arrivent pas à supporter la vision de deux cercueils, comment pourront-ils tenir le coup quand Tel Aviv deviendra un immense charnier ? Leurs cris de guerre suggèrent pourtant que c’est bien ce dans quoi ils ont l’air de vouloir s’engager.

Le Dr. Keidar suggère une réponse plutôt drôle : « Seule une nation emplie de conviction idéologique, une nation croyant fortement à la justesse de sa cause, une nation sentant qu’elle participe à un processus historique, une nation capable de supporter la douleur et d’acheter sa survie par le sang, la sueur et les larmes, seule une telle nation est en mesure de durer au Moyen-Orient. »

« Cette région », poursuit-il, « n’a pas de place pour des carpettes post- juives, qui, tôt ou tard, révèleront leur véritable visage de post-sionistes. »

Je dois admettre que Keidar, ce zélote israélien de droite, n’a pas tout à fait tort. Des gens qui s’effondrent devant deux cercueils feraient mieux de ne pas déclencher un nouveau conflit international. Les Israéliens ne sont tout simplement pas taillés dans le bon bois. Ce n’est pas vraiment une nation de guerriers spartiates. Autant ils prennent plaisir à infliger des souffrances atroces à d’autres, autant ils sont totalement incapables de supporter l’idée d’avoir à souffrir eux-mêmes, bref, ils ne sont pas prêts pour le sacrifice, ce ne sont qu’une bande de couards défaits.

Ils feraient bien mieux se tirer vite fait, s’ils veulent sauver leur peau. Comme l’a remarqué Keider, leur chance de survivre dans cette région se réduit à zéro.

Source : Palestine Think Tank

Traduit par Fausto Giudice qui est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.

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