Les chars russes doivent rouler dans les rues de Tbilissi !
Point Fort :: Lundi, 11 août 2008 . 13:54 t.u. :: Alexandre Douguine
Déclaration d’Alexandre Douguine, porte-parole du Mouvement eurasiste international.
Les huit années de règne de Poutine se sont terminées le 7 août dernier, au moment de l’attaque géorgienne contre Tskhinval. Poutine a rendu sa souveraineté à la Russie, souveraineté à laquelle elle avait renoncé durant la période Gorbachev-Eltsine, mais il a évité tout conflit armé avec les USA et leurs marionnettes dans ce qui avait été l’URSS. Le président Medvedev a accédé au poste suprême comme un compromis afin de ne pas provoquer Washington avec un troisième mandat (1).
Jusqu’à récemment (juillet 2008) les USA jouaient au chat et à la souris avec Moscou. Furtivement, et de manière pragmatique, ils menaient divers projets clandestins et de basse intensité. Le 7 août, a été un point de rupture. Poutine et Medvedev doivent donner un réponse claire : qu’est-ce qui est le plus important à leurs yeux ? Est-ce la souveraineté de la Russie ou la sauvegarde de bonnes relations avec les USA ?
Les Américains nous ont posé un ultimatum en ordonnant aux Georgiens d’attaquer Tskhinval. Le temps des décisions difficiles et déplaisantes est venu. C’est la guerre. La troisième guerre mondiale vient peut-être de débuter.
A midi, le 8 août, Moscou n’a pas encore pris de décisions. Nos autorités n’arrivent pas à se décider, elles ne croient pas encore que ce qui se passe est la réalité et non pas un rêve. Mais il est impossible d’éviter plus longtemps de faire un choix, sinon quelqu’un d’autre le fera à notre place.
Alors, quels sont les choix et quelles sont les positions possibles entre lesquels Poutine (et Medvedev) doivent choisir.
Le choix de la trahison
Si la Russie décide de ne pas entrer dans le conflit (c’est la position que défendent les agents américains dans les hautes sphères du pouvoir) et se contente de se plaindre et de protester contre l’attitude contraire aux normes des Georgiens et la catastrophe – ce sera un choix, un choix fatal. Il signifiera que la Russie a renoncée à sa souveraineté.
En fait, le choix cette position reviendrait à admettre que les huit années de Poutine n’ont été que du bluff et du temps perdu. La Russie retournerait aux années 1990 en un instant. La Russie et les observateurs extérieurs réaliseraient qu’elle ne serait plus d’aucune aide et qu’il ne servirait à rien de la prendre en considération. Le résultat serait aisé à prévoir : une nouvelle étape dans la désintégration de la Russie, commençant par le Caucase. Nos partenaires au sein de la CEI se détourneraient alors de nous en réalisant qui est le maître. Et Washington serait ce maître.
La Russie perdrait non seulement son statut de grande puissance mais aussi celui de puissance régionale. Ce choix serait l’équivalent d’un coup d’État ou d’une révolution orange, cette fois-ci en Russie. La démission de Poutine de son poste de Premier ministre et la désintégration de l’appareil d’État serait l’étape suivante sur cette voie.
Le choix de l’honneur
Qu’elle est l’alternative ? La voici : la déclaration d’indépendance de l’Ossétie du Sud (et de l’Abkhazie), et le pas suivant, son rattachement à la Russie. Dans le même temps l’entrée de la 58ème armée en Ossétie du Sud et la guerre contre la Georgie jusqu’à ce que nos troupes entrent dans Tbilissi et dictent à son gouvernement notre paix.
Si cela se produit, la Russie s’affrontera violemment avec les USA et l’Europe occidentale. Ce sera le début d’un long processus de blocus et d’isolement de la Russie de la part du gouvernement des USA. Mais la Russie prouvera ainsi que son statut n’est pas uniquement celui d’une puissance régionale mais aussi d’une grande puissance. La Russie prouvera qu’elle est capable de lancer un défit aux USA et au Nouvel ordre mondial. Cela signifiera que la Russie est revenue dans l’arène mondiale, qu’elle est de retour dans l’Histoire.
A la veille de la guerre (la Russie est en danger)
Il est possible de comparer la situation actuelle avec celle du 22 juin 1941. Nous avons été attaqué sans qu’il y ait de déclaration de guerre, nous avons été attaqué alors qu’on nous faisait une « déclaration de paix ». Il est possible d’éviter la guerre, mais seulement en capitulant devant l’ennemi. L’Ossétie du Sud est une partie de la Russie par sa civilisation et par son choix politique. Si nous abandonnons l’Ossétie du Sud, n’importe qui pourra s’emparer ne n’importe lequel de nos territoires.
Nous sommes dans la même situation qu’en 1991-1993. A ce moment aussi la Russie était face à un choix radical.
En août 1991, le sort de l’URSS s’est décidé. Le Comité d’État des situations extraordinaires n’a pas résisté, l’URSS a éclaté en morceau, les « marionnettes » américaines ont accédé au pouvoir.
En 1993, le gouvernement a tenté de redonner à la Russie une politique de souveraineté nationale. Il était évident qu’Eltsine et les réformateurs vendaient notre pays aux Américains. Eltsine a renversé le gouvernement et notre État a atteint le niveau suivant dans la désintégration : celui du séparatisme dans le Caucase du Nord (Tchétchénie, Daghestan, etc.)
En 1999, Poutine a gagné, mais il n’a pas emporté la décision finale.
Les Russes ont fait leur choix, l’élite ne l’a pas encore fait.
Actuellement, la situation est la suivante : soit la Russie existe et devient plus forte, soit elle se résout à n’être qu’un mirage.
Ce n’est pas un choix acceptable par un Russe responsable. « Nos chars doivent rouler dans les rues de Tbilissi ! », voici la réponse de notre Histoire.
Malheureusement, notre élite est encore irresponsable. Le réseau des agents de l’Occident s’étend dans tout l’appareil d’État de la Russie. Poutine n’a pas fait de purges sérieuses. Cela peut nuire à notre nation. Ainsi est-ce dans un moment comme maintenant que nous pouvons déterminer qui est des nôtres et qui ne l’est pas !
Notes :
Copyright de la traduction : voxnr.com
1 – Note du traducteur : Poutine a déjà effectué deux mandats présidentiels.
Photo : Alexandre Douguine



je suis surpris par nombre de vos assertions, que vous posez en certitudes sur la base d’un “complot” pensé dans le seul but de détruire la Russie.
“Les Américains nous ont posé un ultimatum en ordonnant aux Georgiens d’attaquer Tskhinval.”
au début des hostilités je me suis posé la question: Saakashvili avait-il informé les américains de son intervention?
Tous les analystes s’accordent pour dire que cette tentative géorgienne avait une probabilité de succès extrèmement faible. Il était quasiment assuré que Medvedev, toujours en recherche d’assoir son pouvoir dans l’opinion publique, ne resterait pas sans rien faire. Et Poutine encore moins, soucieux de montrer qu’il n’avait rien perdu de son statut de défenseur des intérêts nationaux en devenant “simple” premier ministre.
A l’opposé, les US et l’UE avaient beaucoup à perdre avec une extension probable du conflit à toute la Géorgie en cas d’intervention russe. Principalement pour l’approvisionnement en énergie. Nous voyons aujourd’hui le premier niveau de risque devenir réalité: l’Azerbaidjan a suspendu ses exportations via la Géorgie, et envisage ouvertement de réutiliser la voix russe au moins pendant la durée du conflit.
Qu’avait à gagner Washington ici? L’administration Bush laisse déjà en héritage suffisamment de conflits en cours pour ne pas en rajouter un avec la russie. Cela serait arriver l’année prochaine sous un Mac Cain résolument hostile au gouvernement russe (que je distingue à votre place de la nation russe), les doutes auraient été nourris par cette réthorique. Mais sous GW.Bush, cela semble improbable.
Je pense plutôt que ce cher président géorgien -pour lequel j’ai plutot peu de considération au vu de son bilan démocratique- a joué à quitte ou double. L’initiative récente de développement des relations de tout ordre avec les républiques sécessionistes a mis la Géorgie au pied du mur avec la promesse d’un lent mais certain rapprochement de ces régions avec la Russie, avec potentiellement l’intégration dans la fédération en dernière étape. Monsieur Douguine, vous parlez avec ferveur de la défense de la souveraineté russe, mais au passage vous faites bien peu de cas de celle de la Géorgie. Pourquoi? Y a-t-il deux poids deux mesures?
Si les populations locales souhaitent réellement leur indépendance, et éventuellement leur intégration ultérieure à la fédération, le précédent du Kosovo devrait inciter les européens et les américains à accepter les choix des populations. Elles ne le font pas, et il y a clairement un double language qui varie selon les intérêts stratégiques. En tant qu’européen convaincu je ne peux qu’être navré de ces doubles discours qui ne font pas honneurs à nos démocracies, et je les déplore. Ceci étant, sur la base de quelles valeurs la Russie défend-elle l’expression des désirs d’indépendance des populations de ces régions, mais rejette celles exprimées dans certaines de ses propres républiques?
Pour revenir à votre assertion, non, je ne crois pas que les américains aient demandé cette attaque perdue d’avance, sinon ils auraient également prévu leur réplique pour assurer leur victoire. Hors il n’en est rien car seuls des mots ont été envoyés en réaction, et actuellement il s’agit plutot de limiter la casse côté géorgien que d’aobtenir un avantage géostratégique. Les américains ne se lanceraient pas à l’aveuglette contre les russes. C’est donc assurément Saakashvili qui a tenté le tout pour le tout, pris au piège par la politique expansioniste russe qui sous couvert de maintien de la paix assure son controle sur les régions sécessionistes. C’était soit reprendre le controle en un temps records de l’Ossétie du sud et mettre les russes devant un fait accompli (ce qui a presque réussi), ou laisser les contacts de ces régions se multiplier avec la fédération avec en ligne de mire la jonction. J’aimerais que vous vous mettiez à la place du gouvernement géorgien en gardant votre réthorique nationaliste, qu’auriez-vous fait à leur place monsieur Douguine?
“la guerre contre la Georgie jusqu’à ce que nos troupes entrent dans Tbilissi et dictent à son gouvernement notre paix.” “La Russie prouvera qu’elle est capable de lancer un défit aux USA et au Nouvel ordre mondial. Cela signifiera que la Russie est revenue dans l’arène mondiale, qu’elle est de retour dans l’Histoire.”
c’est quelque chose qui m’étonne toujours dans le mode de réflexion russe, peu importe mes interlocuteurs: l’idée de la grandeur de la nation dans la confrontation. Il semble que la nation pense encore en terme de “zero sum game”, il faut que tu perdes pour que je gagne… La vision bismarkienne de la promotion des intérêts nationaux, être le plus fort pour forcer ses choix. Quelle tristesse et limitation d’esprit je trouve. Alors qu’elle a un exemple direct à sa frontière qu’on peut faire tellement plus en oeuvrant ensemble dans une direction commune, la Russie moderne en est toujours à forcer la main de ses interlocuteurs autant que ses capacités le permettent. Non monsieur Douguine, je ne reconnais aucune grandeur à la force russe et à son emploi, pas plus qu’à celle américaine. C’est au contraire une preuve de faiblesse: l’incapacité russe à oeuvrer pour un bien commun avec ses voisins directs. Mais la pensée russe voit encore en ces voisins des ingrats pervertis par des mirages américains, sans vouloir reconnaitre que ce n’est pas tant les Etats-Unis qui ont attiré ces petites nations mais l’attitude russe qui les a propulsés là où elles pensaient pouvoir trouver protection. Quand la Russie aura compris cela, elle aura fait la première et la plus difficile étape du nécéssaire travail de mémoire qu’elle a à faire pour vivre en harmonie avec ses petits voisins. Mais voilà, la grande Russie n’a que faire de ces mange-petits à ses frontières, et votre texte le montre parfaitement, vous ne cherchez aucunement à répondre aux désirs de chacun -seule solution pour assurer un future de paix- mais à imposer par la force vos souhaits.
Bien sûr on n’aurait du mal à vous le reprocher, vu que c’est exactement ce que le “modèle” américain a fait pendant toute l’administration Bush. Et au delà de la Russie, je crains surtout que ce modèle basé sur une diplomatie militarisée soit reproduit par la future puissance mondiale, la Chine. Ces néoconservateurs n’ont aucune perception de la dangerosité de l’héritage politique mondial qu’ils laissent. Il est donc difficile de reprocher à la Russie de reproduire ce schéma d’arrogance, avec malgré tout encore moins de subtilité. Je regrette l’Amérique de Wilson, qui disait qu’il ne fallait pas infliger à un peuple tiers ce qu’on ne ferait pas subir au sien, quand celle de Bush n’accorde même pas d’importance aux vies non américaines (l’émotion pour chaque GI mort au combat et la quasi indifférence pour les autres). Je rappellerais enfin les mots du général/président Eisenhower, qui après la guerre avait appelé au démantellement de l’industrie de guerre, car, disait-il, la possession de la force incite à son utilisation, et il serait mauvais pour le monde que la diplomatie soit militariste. Je regarde les US et la Russie, et je vois ce problème des deux côtés. Vous êtes beaucoup plus proches des américains que vous ne le pensez, et ces tensions montent car vos diplomaties sont basées sur la domination. Régionale pour la Russie par limite de capacités, mondiale pour les américains.
“soit la Russie existe et devient plus forte, soit elle se résout à n’être qu’un mirage.”
Je suis d’accord avec cette phrase, cependant je doute que nous entendions la “force” de la même façon. La stabilité, la prospérité, la paix, la foi en la nation quand elle s’occupe et offre des perspectives à chacun de ses enfants. Voilà les vrais ingrédients de la cohésion nationale. Malheureusement, il est infiniment plus facile de fabriquer la cohésion sous la présentation d’une grande menace extérieure. C’était le cas pendant la guerre froide, ça l’est toujours aujourd’hui. En lisant la presse, diverse et variée, on se rend compte que la Russie se compare souvent aux Etats-Unis (pour les nouvelles capacités d’armement, les progrès scientifiques, sociaux…), et cela montre qu’il y a encore un complexe russe, qui doit être compensé. “La Russie revient”, “la Russie est plus forte”, “Poutine nous a redonnés notre honneur”… Tout cela montre une chose, ce complexe est vaincu par une idée de la grandeur basée sur la confrontation. Votre texte n’en est qu’un exemple de plus.
J’aimerais vous opposer un autre exemple de renaissance nationale. L’Allemagne. Après avoir été vaincu, la nation allemande était réellement un mirage, trop honteuse pour même se montrer. Hors qu’avons-nous aujourd’hui? L’Allemagne est le premier moteur de l’europe (et je l’affirme en tant que français), son prestige est basé sur sa réussite économique, sociale, aussi son humanisme qui est le fruit d’un immense travail national sur son identité et sa vision du monde et des relations entre les peuples. Je n’irai pas jusqu’à dire que la politique allemande est purement altruiste, non bien évidemment, mais comparée à celle d’une Amérique ou d’une Russie, la différence est flagrante. Et l’Allemagne forte moderne attire, tandis que la Russie forte moderne effraie.
Toutes les pièces sont disponibles pour comprendre certaines réalités, mais la Russie refuse encore de les considérer. Alors la grandeur continuera d’être restaurée par la force, aussi “short-seeing” quie ce soit.
Soyez sûr d’une chose monsieur Douguine, si la Russie actuelle, forte de ses richesses naturelles, ne réussit pas à faire passer sa renaissance nationale et internationale sur une base autre que celle de la confrontation et de la promotion exclusive de ses intérêts propres sans considération pour ceux de ses voisins ; et si elle ne travaille pas sincèrement avec eux pour calmer leurs craintes liées à l’histoire récente, la Russie se promet une fin de siècle difficile. Isolée dans sa confrontation avec ses voisins occidentaux, écrasée par la puissance démographique et économique des géants asiatiques, et sans le soutien géopolitique de ses énergies fossiles, que restera-t-il à la Russie de la fin du siècle?
On peut toujours rêver, mais le réalisme s’impose: la Russie seule, sans gaz et sans pétrole, n’est pas grand chose. Les européens l’ont compris après la guerre et se sont réunis pour peser ensemble dans le monde, quitte à faire des compromis entre eux. La Russie en est pour l’instant incapable et est persuadée qu’elle peut, seule, jouer dans l’arène mondiale. Disons-le franchement: elle se trompe.
c’est vraiment le monde a l’ envers pour cet analyste politicard, mais pour abrégé je lui poserai une simple question qui va remettre en cause toute sa methode d’approche . Si l ‘Irak
etait suffisament armee es ce que les criminels gringos et leurs alliés qu’ils achetent a coup de camions pleins de dollars auraient-il-pu attaquer un peuple souverain et tuer 2 millions de sa population en detruisant toute les infrastructures de vie ???? Ce que vous faites comme reproche a la Russie, je pense sincerement que vous vous etes tromper de cible . On peut aussi extrapoler et parler de france ? Mais citer comme argument l’Allemagne, je vous rappelle que vous avez oublier le Japon !! Ces deux pays actuellement sont incitaient par les USA a se doter d’armements nucleaires et là monsieur vous ne trouvait rien a dire ?????
bravo pour votre impartialité……..