Les relations israélo-russes menacées
Eurasie :: Mercredi, 20 août 2008 . 19:56 t.u. :: Shraga Blum
Le conflit qui a éclaté dans le Caucase risque d’avoir par ricochet des conséquences néfastes sur les relations israélo-russes, et ceci pour deux raisons essentielles. Premièrement, l’énorme implication israélienne dans la vie économique et dans l’organisation des forces armées de la Géorgie, qui n’est pas du goût des Russes, et deuxièmement, la position diplomatique d’Israël comme allié privilégié des Etats-Unis, qui s’opposent de manière ferme à l’intervention russe en Ossetie du sud et en Géorgie. Ces deux raisons pousseront probablement la Russie à vouloir “punir” Israël pour ses relations privilégiées avec Tbilissi, mais surtout, risquent à l’avenir d’empêcher Israël de mener une politique “libre et indépendante” face à Moscou afin de ne pas contrarier les Etats-Unis.
Ce sujet a été évoqué à plusieurs reprises dans des forums différents, d’autant plus que plusieurs projets communs entre la Russie et Israël risquent d’être freinés ou interrompus. Par exemple, l’idée d’une Conférence de paix à Moscou, qui risque d’être remis au cas où Washington s’oppose à la tenue d’un tel sommet.
Autre volet qui risque d’être touché, est le contrat militaro-industriel qui est en chantier entre les deux pays, et qui porte sur l’amélioration par Israël de trois avions “Falcone” venus de Russie, et destinés à l’armée indienne. Là-aussi, les Etats-Unis risquent de vouloir interrompre le coopération entre la Russie et Israël.
Troisième pierre d’achoppement possible, l’accord qui est en cours dans le domaine de la propriété foncière et immobilière à Jérusalem au profit de la Russie. Le ministre des Finances, Roni Bar-On, doit prochainement signer le transfert de propriété à l’Etat russe de la “Cour de Sergueï”, qui est un lieu d’importance historique et sentimentale très élevée pour les Russes. Ce terrain, situé au centre de Jérusalem a été nommé au nom de Sergueï Alexandrovich, fils du Tsar Alexandre II. Vladimir Poutine, qui devait se rendre en Israël pour la cérémonie de signature, a déjà annoncé qu’il ne s’y rendrait pas, et du côté israélien, on réduit également la publicité sur ce sujet.
Le dernier point résidait dans le projet d’annulation des visas nécessaires pour les touristes russes ou israéliens. Là aussi, on apprend que cet accord qui devait être entériné dans les mois qui viennent risque fort d’être remis.
Paradoxalement, plus que des conséquences directes sur les relations israélo-russes, les responsables israéliens s’inquiètent des conséquences indirectes. Mise au pied du mur diplomatiquement par les Etats-Unis, la Russie risque fort de se défendre sur d’autres fronts, et en premier lieu sur le volet iranien. L’accord de Moscou est en effet indispensable pour toute décision de sanctions à l’encontre de Téhéran. Jusqu’à présent, et même en l’absence de conflit dans le Caucase, la Russie avait déjà “montré sa différence” par rapport au reste du monde occidental.
A fortiori maintenant, la diplomatie russe ne va pas se gêner d’utiliser son pouvoir de blocage pour contrer la politique américaine.
Source : Arouts7 mardi 19 août 2008 - 09:51


