Syrie. L’affaire de la vente d’armes russes à Damas provoque les protestations d’Israël et des Etats-Unis
Nation Arabe :: Dimanche, 31 août 2008 :: Rania Adel ::
Le rapprochement entre Moscou et Damas, dû au soutien syrien à l’opération militaire russe contre la Géorgie et à la vente d’armes russes à la Syrie, continue de susciter de vives inquiétudes chez les responsables israéliens, mais aussi aux Etats-Unis, menant à un coup de froid entre Moscou et Tel-Aviv. Au point que selon le quotidien Yediot Aharonot, le premier ministre israélien Ehud Olmert devrait se rendre à Moscou dans les deux prochaines semaines pour convaincre la Russie de ne pas vendre des armes d’un nouveau modèle à la Syrie.
Tout a commencé lorsque le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé jeudi que son pays était prêt à vendre de nouveaux types d’armement à la Syrie, au moment où le président syrien Bachar Al-Assad se trouvait en Russie. « Nous sommes prêts à examiner la demande syrienne à propos de l’achat de nouveaux types d’armement », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, estimant que la position de la Russie était « claire » à ce sujet. « Nous serons prêts à vendre à la Syrie des armes qui ont avant tout un caractère défensif et ne violent aucunement l’équilibre stratégique des
forces dans la région », a-t-il ajouté, sans préciser les types d’armement en question.
Irritée par des survols fréquents d’avions militaires israéliens, la Syrie voudrait acquérir en premier lieu des missiles modernes de défense antiaérienne. Suite à ces déclarations, des responsables israéliens, sous prétexte d’être menacés par ces armements, ont exprimé leur inquiétude particulièrement en ce qui concerne des livraisons de missiles antichars et antiaériens, qui pourraient parvenir au Hezbollah. « Un renforcement des liens entre Damas et Moscou constitue un développement très négatif », a mis en garde vendredi le président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Parlement, Tzahi Hanegbi.
« Il est difficile de croire en la bonne foi de la Russie quand il s’avère, malgré toutes les dénégations de Moscou, que des armes russes vendues à la Syrie sont parvenues au (mouvement chiite libanais) du Hezbollah », a déclaré, de son côté, un haut responsable israélien du ministère des Affaires étrangères parlant sous couvert d’anonymat. Il faisait référence à des modèles de missiles antichars russes qui avaient causé des pertes sévères aux blindés israéliens durant la guerre au Liban de l’été 2006.
Même son de cloche à Washington, où un porte-parole du département d’Etat a déclaré que les Etats-Unis sont « très préoccupés » d’une possible vente d’armes russes à la Syrie. « Nous sommes évidemment très préoccupés par les informations selon lesquelles la Russie pourrait fournir des armes, des systèmes d’armement à la Syrie », a indiqué Robert Wood lors d’un point de presse. « Nous avons toujours dit aux Russes que ces ventes ne devaient pas se poursuivre, elles ne contribuent pas à la stabilité régionale et, encore une fois, je les exhorte à ne pas poursuivre ces ventes s’ils ont l’intention de le faire », a-t-il dit.
Mais le chargé d’affaires russe à Tel-Aviv, Anatoli Yurkov, s’est voulu rassurant. « Nous ne livrerons (à la Syrie) aucune arme susceptible de modifier l’équilibre stratégique » de la région, a-t-il déclaré aux journalistes. Il a lui-même souligné que le soutien israélien à la Géorgie était « moins important que celui des Etats-Unis et de la France » et s’est félicité du fait qu’« Israël a suspendu ses livraisons d’armes » à Tbilissi.
Le professeur de politique internationale Amnon Sela estime lui aussi que la « crise entre Israël et la Russie ne devrait pas dégénérer ». « Le seul élément nouveau, c’est que l’aide militaire fournie (par Israël) à la Géorgie a donné un argument à la Russie pour justifier ses ventes d’armes à la Syrie », estime ce chercheur, selon lequel Israël « devrait prendre en compte des susceptibilités de la Russie ».
Israël veut à tout prix rester la seule puissance militaire dans la région et écarter la possibilité d’un retour du rôle russe comme celui qui prévalait à l’époque de l’URSS.
Source : Al-Ahram Hebdo Semaine du 27 août au 2 septembre 2008, numéro 729
Photo : Bachar Al-Assad


