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9 Juillet 2004 16:59 TU
Axe atlantique / Irak > Xavière Jardez

Torture, exaction en Irak -Ou l’art d’être surpris par une évidence

Ce qui était un secret de Polichinelle pour l’administration Bush, Rumsfeld en tête, et la hiérarchie militaire américaine dont le Général Myers, Chef d’Etat Major Interarmées, est venu à la connaissance publique de l’opinion mondiale, un peu tardivement alors que, dès septembre 2003, des soldats britanniques étaient mis en examen pour mauvais traitements infligés à des prisonniers irakiens, qu’en novembre dernier, Abdel Basset Turki, ancien ministre des Droits de l’homme se plaignait auprès de Bremer, l’administrateur US en Irak de violations dans les prisons et ailleurs et demandait, en vain, à être autorisé à rendre visite aux prisonniers, qu’un film vidéo circulait , dès janvier, sur Internet, montrant des soldats américains tirant, depuis leur hélicoptère, sur des hommes non armés.

G.W. Bush, dans sa dernière performance télévisée sur des chaînes arabes, n’a voulu n’y voir que les actions coupables d’une petite minorité de soldats, boucs émissaires pour les gradés de l’armée d’active, une bavure en quelque sorte. Or, un rapport corrosif rédigé par le Général Antonio Taguba, en février, que cite Seymour Hersh, dans le New Yorker du 4 mai, indique que les officiers du renseignement et de la police militaire s’étaient rendus coupables "de manière flagrante, de traitements sadiques et criminels ". L’impudence avec laquelle les soldats sous leurs ordres se sont conduits, les photos ( !) dégradantes, humiliantes, terrifiantes qu’ils ont prises des prisonniers irakiens, tout traduit l’impunité dont ils bénéficiaient pour parvenir aux fins dictées par leurs supérieurs : " assouplir " les détenus pour créer les conditions de leur interrogation.

Mais qu’y a –t-il de surprenant, de nouveau, dans ces violations éhontées, systématiques des droits des prisonniers, des Conventions de Genève régissant ce statut ? Avez-vous oublié Guantanamo où plus de 700 prisonniers de 44 pays peuvent être torturés ou exécutés sommairement, hors du pouvoir des tribunaux américains ? Avez-vous aussi relégué dans un coin de votre mémoire, les milliers de civils afghans emprisonnés, battus, soumis à des conditions extrêmes, humiliés par les forces armées américaines, selon Human Rights Watch ? Parmi les vingt-cinq morts répertoriés, trois en sont morts et l’autopsie militaire a révélé qu’il s’agissait d’homicides. My Lai au Vietnam n’est pas si loin que l’on puisse laver les Etats-Unis de tout soupçon de violations et Colin Powell en premier.

Depuis le 11 septembre 2001, le discours de l’administration Bush et des médias qui lui sont acquis est un discours qui vise à entretenir la haine de l’Arabe, la haine du musulman dans un amalgame soigneusement entretenu avec le terrorisme, les désignant comme les auteurs de l’affront fait à la Grande Amérique. Saddam représentait le Mal et son peuple ayant refusé les roses de l’occupation américaine, ayant pris les armes contre ses libérateurs doit payer.

Ce lavage de cerveaux, cette propagande matraquée jour après jour depuis mille jours a laissé sa marque, notamment sur de jeunes esprits de 20 ans, de milieux pauvres, fustigés par Bush pour épargner Rumsfeld. Tant est si bien que, selon un sondage du Washington Post du 7 mai, 69 % des Américains sont aujourd’hui opposés à la démission de ce dernier de son poste de Ministre de la Défense alors qu’il vient d’assumer toute la responsabilité de ces sévices.

Mais une autre question vient à l’esprit : pourquoi voudrait-on que les troupes US respectent le droit alors que les plus hautes autorités du pays, Bush et son aréopage, ont allégrement violé, foulé aux pieds le droit international, la Charte des Nations Unies qui fonde les relations de la communauté internationale, ont jeté aux orties les droits démocratiques des peuples opposés à la guerre, ont érigé le mensonge sur les armes de destruction massive en doctrine d’Etat pour parvenir à leurs fins de conquête coloniale ?

Mais la Croix Rouge évoque le pis et selon le International Occupation Watch Center en Irak, la première violation des Américains est d’occulter le nombre total de prisonniers qui se monte à 80 000 pour la seule prison de Abou Ghraieb et qu’il existe 11 autres camps de concentration. Rien n’est non plus rapporté sur les traitements infligés aux femmes en prison qui sont violées dans la pure tradition des prisons israéliennes. Dans une lettre, une femme prisonnière demande que les tribus et les notables détruisent Abou Ghraieb car l’honneur des femmes y est souillé.

© AFI-Flash n°30 (11 mai 2004).


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