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3 Novembre 2007 11:39 TU
Palestine > L’Orient-Le Jour

Voix discordantes au sein du Hamas entre une aile pragmatique et un noyau dur

Des chefs du Hamas ont multiplié les déclarations contradictoires qui trahissent, selon des analystes, des divergences entre une aile pragmatique et un noyau dur au sein du mouvement islamiste palestinien qui contrôle la bande de Gaza.

Dans un surprenant assouplissement de rhétorique, Ismaïl Haniyeh, l’un des ténors du Hamas et chef de gouvernement islamiste limogé en juin par le président Mahmoud Abbas, a assuré en octobre que le pouvoir exercé par son mouvement à Gaza était « temporaire ». Il a dans le même temps annoncé une imminente reprise du dialogue entre le Hamas et le Fateh, le parti de M. Abbas, dont les services de sécurité ont été mis en déroute et humiliés par les islamistes en juin à Gaza. Allant à contre-courant de la ligne officielle du Hamas, le porte-parole de M. Haniyeh, Ghazi Hamad, a quant à lui évoqué dans une récente tribune parue dans la presse de possibles négociations avec Israël. « Il s’agit d’une position personnelle qui ne reflète pas celle du Hamas », a réagi le mouvement dans un communiqué. Selon des informations de presse, le Hamas a même suspendu M. Hamad ainsi qu’Ahmad Youssef, le conseiller politique de M. Haniyeh, qui lui aussi a tenu des propos ayant déplu à l’aile dure du mouvement.

En revanche, les déclarations d’un autre chef du Hamas, Nizar Rayan, ont douché tout espoir d’une imminente réconciliation interpalestinienne. M. Rayan a en effet jeté de l’huile sur le feu en promettant lundi devant des militants à Gaza que le Hamas prendra également le contrôle en Cisjordanie, et prévu une imminente chute de M. Abbas. Ces déclarations ont manifestement embarrassé la direction du Hamas qui, officiellement, prône le dialogue avec le Fateh et M. Abbas. « Il s’agissait d’une déclaration hâtive qui n’engage que son auteur. Nous rejetons toute incitation à la violence, que ce soit contre le Hamas ou l’Autorité palestinienne », a réagi un responsable du Hamas en Cisjordanie, Farraj Rumana. M. Rayan a aussi été désavoué par le porte-parole du Hamas à Gaza, Fawzi Barhoum. « Certains dirigeants peuvent s’emporter lors des rencontres avec les sympathisants et nous devons remédier à cela. Seuls les communiqués officiels reflètent les positions du mouvement », a-t-il dit à l’AFP.

L’analyste politique Mokheimar Abou Saada met ce cafouillage sur le compte des divergences apparues entre « un courant radical et un autre plus modéré » au sein du Hamas après sa prise des pouvoirs à Gaza en juin. Si Mahmoud Zahar est généralement considéré comme le chef de l’aile la plus radicale, M. Haniyeh est présenté comme l’un des plus pragmatiques leaders du Hamas. C’est l’entrée du Hamas au gouvernement après les législatives de janvier 2006 qui est à l’origine de ce clivage, estime Naji Chourrab, professeur de sciences politiques à l’université al-Azhar de Gaza. « Ismaïl Haniyeh, parce qu’il avait été à la tête de deux gouvernements, passe pour être le chef de file du courant modéré doté d’une vision pragmatique », dit-il.

Loin d’affaiblir le Hamas, classé comme une organisation terroriste par les États-Unis, l’Union européenne et Israël, et boycotté par l’Occident, ces contradictions peuvent contribuer à sa campagne de relations publiques, estime M. Abou Saada. « Devant la communauté internationale, le Hamas se présente comme un mouvement pragmatique, mais devant sa base et l’opinion publique palestinienne, il se présente comme un mouvement “divin” qui refuse toute concession et tout compromis », dit-il. « Deux courants existent bel et bien, mais c’est le courant radical qui a toujours le dernier mot », ajoute l’analyste.

Pour Ismaïl Radwan, un dirigeant du Hamas, « il n’y a pas lieu de parler de radicalisme et de modération » au sein du groupe. « Il y a certes des différences de points de vue, mais cela ne dégénère pas en querelles ou dissensions », conclut-il.


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