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13 Juin 2003 15:51 TU
> Kiosque – États-Unis / Iran - Marc Perelman

Un nouveau front envisage de renverser le régime iranien

Forward tire chaque semaine à 26000 exemplaires. Lancé en 1990 sur le modèle du Yiddish Forward, fondé en 1897 à New York, cet hebdomadaire anglophone est la publication de référence de l’intelligentsia juive américaine. Forward a notamment compté parmi ses collaborateurs Elie Wiesel, Art Spiegelman et le dessinateur de Maus.

Une coalition bourgeonnante de faucons néoconservateurs, d’organisations juives et de monarchistes iraniens exhorte actuellement la Maison Blanche à intensifier les efforts des États-Unis afin de provoquer un changement de régime politique en Iran.

Pour l’instant, la position officielle du président Bush consiste à encourager le peuple iranien à se débarrasser par lui-même du régime des mullahs, mais les observateurs pensent que la politique américaine n’est pas encore fermement décidée et que cela a pu créer une opportunité pour des activistes. Certains néoconservateurs préconisant un changement de régime à Téhéran au moyen de pressions diplomatiques – voire même d’une intervention directe – semblent en train de prendre le dessus dans l’administration, ont indiqué plusieurs observateurs généralement bien informés.

" Une alliance est en train d’émerger, entre certains faucons de l’administration américaine, des associations juives et des Iraniens partisans de Réza Pahlavi [le fils de l’ancien chah d’Iran, qui vit en exil] avec l’objectif de provoquer un changement de régime ", a déclaré Pooya Dayanim, président du Comité des Affaires publiques irano-juives, à Los Angeles et partisan belliciste du recours à la force contre l’Iran.

La coalition en voie d’émergence rappelle la phase préparatoire de l’invasion de l’Irak, Pahlavi étant éventuellement pressenti pour jouer le rôle du leader de l’opposition irakien en exil Ahmad Chalabi, un autre chouchou des néoconservateurs. Comme Chalabi, Pahlavi entretient d’excellentes relations avec plusieurs associations juives. Il a fait une conférence devant le bureau de l’Institut juif pour les affaires de sécurité nationale (Jinsa – faucon), ainsi qu’au Musée de la Tolérance dépendant du Centre Simon Wiesenthal de Los Angeles. Il a aussi rencontré des responsables municipaux juifs.

Pahlavi a eu également des contacts feutrés avec de hauts responsables israéliens. Durant les deux années écoulées, indique une source fiable, il a rencontré personnellement le Premier ministre Sharon et l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, ainsi que le président d’Israël, Moshe Katsav, qui est né en Iran.

Autre similitude avec le débat pré-invasion de l’Irak, une bataille politique est en train de se profiler, entre le Département d’État et le Département à la Défense, au sujet de ce qu’il convient de faire en Iran.

" Le président, le vice-président, et par-dessus tout, le Pentagone, sont favorables à un changement de régime en Iran ", a indiqué une source qui suit de très près le débat interne à l’administration. " Mais l’État ne veut pas se mêler des affaires iraniennes, si bien qu’au sein de l’administration, aujourd’hui, c’est la bagarre ".

Comme durant le débat sur l’Irak, le rédacteur en chef du Weekly Standard, William Kristol, est à la tête de la bataille pour une politique plus agressive en Iran. Dans le numéro de ce magazine publié le 12 mai dernier, il a écrit un éditorial appelant à une action clandestine et à d’autres mesures susceptibles d’amener un changement de régime à Téhéran.

Les tenants de plus de retenue relèvent que des officiels américains et iraniens se rencontrent régulièrement, mais ils disent que les performances décevantes du camp réformiste en Iran ont sapé leurs efforts visant à promouvoir un engagement américain aux côtés de l’Iran.

" D’aucuns, au Pentagone, ont déjà tiré la conclusion que les réformistes sont seulement des mollahs plus souriants que les autres et qu’un changement de régime est inévitable ", a indiqué Gary Sick, directeur de l’Institut du Moyen-Orient à l’Université Columbia, partisan d’un engagement américain en Iran. " Ils pensent que l’Iran est mûr pour la révolution, mais je pense que cette interprétation est hautement sujette à caution ".

Le Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et ses adjoints Paul Wolfowitz et Douglas Feith sont connus pour être favorables à un changement de régime à Téhéran, bien qu’ils s’expriment beaucoup moins sur l’Iran qu’ils ne l’ont fait sur l’Irak.

A un niveau moins élevé, ont indiqué deux sources différentes, l’expert ès politique iranienne Michael Rubin travaille actuellement au bureau des "plans spéciaux" du Pentagone, une petite unité mise sur pied aux fins de rassembler du renseignement sur l’Irak, mais qui travaille aussi, apparemment, sur l’Iran. Naguère chercheur à l’Institut Washington pour la politique moyen-orientale, Rubin s’était fait l’avocat fort vocal d’un changement de régime à Téhéran. Il a même répondu personnellement à des e-mails de demande de renseignements à ce sujet.

Des sources des services de renseignement se sont plaintes de ce qu’elles ont présenté comme la tendance qu’ont les services secrets à donner une nuance reflétant leurs positions dures aux renseignements recueillis sur l’Irak. " Le bureau des plans spéciaux a interviewé des gens et rassemblé des renseignements sur l’Iran de manière à être prêt à y soutenir la démocratie ", a indiqué une source proche des faucons. " Ils ont passé plus de temps à cela que les experts de l’État eux-mêmes ".

Pendant ce temps, au Congrès, le représentant démocrate Tom Lantos (Californie) est en train de défendre une résolution de soutien au peuple iranien, contre le régime. Le sénateur républicain Sam Brownback (Kansas) a introduit un amendement qui, s’il était adopté, allouerait 50 millions de dollars à des stations oppositionnelles de télévision et de radio sises à Los Angeles – dont la plupart prônent la restauration de la monarchie des Pahlavi – ainsi qu’à des associations de défense des droits de l’homme et de la démocratie (en Iran).

Des partisans du fils du chah, Pahlavi, ont soutenu l’amendement de Brownback, connu sous le nom d’Iran Democracy Act. Le principal lobby pro-israélien, l’Aipac (American Israel Public Affairs Committee) a fait de même.

" Nous soutenons les efforts en vue d’encourager le peuple iranien à couper les liens du régime avec le terrorisme et à s’opposer à ses tentatives d’obtenir l’arme nucléaire ", nous a dit Rebecca Dinar, une porte-parole de l’Aipac. Tandis que Morris Amitay, ancien directeur de l’Aipac et faucon très actif vis-à-vis de l’Iran, préfère quant à lui conserver un profil bas en la matière.

Ainsi, par exemple, Pahlavi aurait dû, c’était prévu, rencontrer des membres de l’Aipac, des juifs d’origine iranienne, à la conférence annuelle du groupe, le printemps dernier. Mais les responsables de l’Aipac, inquiets que cela soit mal perçu, ont fait en sorte que cette rencontre soit annulée, ont indiqué plusieurs sources.

" Des associations juives sont en train de dire à Reza qu’ils lui accorderont leur soutien privé et qu’elles contribueraient à organiser des rencontres avec les officiels américains ", a indiqué l’une de ces sources.

Les groupes juifs iraniens jouent un rôle clé dans le renforcement des relations. Le Comité pour les Affaires publiques juives iraniennes, Dayanim, contributeur régulier de National Review Online, est parmi les faucons les plus actifs. Ce Comité avance que le soutien pour Pahlavi, parmi les Iraniens vivant aux États-Unis, est sans doute dû moins à la profondeur de leurs sentiments monarchistes qu’avec le statut de Pahlavi, personnage de l’opposition le plus connu parmi les immigrés.

Néanmoins, Dayanim a reconnu que de nombreux juifs d’origine iranienne sont " amoureux de Pahlavi " parce qu’ils considèrent que le règne de son royal père a représenté, pour les juifs, une sorte d’âge d’or. Pahlavi a exprimé souvent son soutien à la démocratie, tout en appelant à un référendum sur la restauration de la monarchie.

L‚un des principaux soutiens de Pahlavi, devenu populaire dans les cercles des exilés iraniens en Amérique est Michael Ledeen, ancien haut fonctionnaire sous l’administration Reagan, et aujourd’hui maître de conférence au très conservateur American Enterprise Institute.

Dans de nombreux discours et articles, Ledeen a défendu l’idée que le régime des mullahs est sur le point de s’effondrer et que le temps, pour Washington, est venu de le pousser par-dessus la balustrade. Il a rassemblé au tour de lui Amitay, James Woolsey, ancien directeur de la CIA, Frank Gaffney, ancien membre de l’administration Reagan, l’ancien sénateur Paul Simon et le consultant des compagnies pétrolières Rob Sobhani, dans un groupe appelé Coalition pour la Démocratie en Iran. Le 6 mai dernier, plusieurs d’entre eux ont participé à une conférence de l’Institut de l’Entreprise Américaine, intitulée L’avenir de l’Iran. Au cours de cette conférence, Ledeen a argué du fait que l’aide d’acteurs extérieurs était requise pour initier des changements révolutionnaires en Iran.

Si Ledeen n’en a pas appelé à une action militaire, certaines de ses déclarations semblent suggérer qu’une action agressive pourrait être néanmoins décidée.

Le mois dernier, Ledeen avait donné une conférence devant un public pro-monarchiste, à Los Angeles. Au cours du débat qui s’ensuivit, il aurait dit que pour un coût de 20 millions de dollars, nous pourrions avoir un " Iran libre " - et qu’il savait de quelle manière utiliser cet argent au mieux.

Ledeen, qui fut impliqué dans le scandale Iran/Contra, mais jamais accusé, s’est refusé à tout commentaire.

Alors qu’on lui demandait s’il envisageait la possibilité qu’une action clandestine soit entreprise, un membre du Panel de Politique de Défense, dépendant du Pentagone, a répondu de manière lapidaire : " Peut-être ". Après quoi, il s’est refusé à tout autre commentaire.

© Forward (16 mai 2003) – Point d'Information Palestine n°220 (29 mai 03) -traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier.


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