La pax americana commence à coûter cher à l’occupant que nous sommes aux yeux du peuple irakien. Ça n’est pas d’ailleurs ma modeste personne qui vous le dit, mais des sources israéliennes, qu’on qualifiera difficilement d’obscurément anti-américaines.
Ainsi, nous confirme Guysen.Israël.News, quatre nouveaux troupiers US ont été blessés " au cours d'un série de descentes menées au nord de Bagdad, dans lesquelles 384 combattants irakiens de la guérilla ont été interpellés "(1).
En fait, " Au total 205 soldats de la coalition sont morts depuis le début de la guerre, dont 135 sous le feu de l'ennemi et 70 par des tirs ''amis'' ou dans des accidents. Au cours des deux dernières semaines 10 soldats américains ont péri en territoire irakien "(2).
Pas vraiment une réussite, convenons-en…
En fait, notre imprudente administration – un peu à la manière de votre armée française réputée se préparer à rejouer (en les gagnant, cette fois-ci) les guerres qu’elle vient de perdre – a commis l’erreur stratégique d’aborder la 2ème Guerre du Golfe à l’aune de la 1ère.
Or, comme l’a judicieusement rappelé, non sans courage, Sergio Romano, l’Irak n’est pas le Koweït. Et au pays du Ba’ath arabe et socialiste, " Le dictateur a utilisé les ressources pétrolières pour s'enrichir lui-même ainsi que sa famille, son clan et sa tribu. Mais il a construit des infrastructures, amélioré le système éducatif et celui de la santé publique, créé enfin une large bureaucratie d'État et de parti. Il y a en Irak par conséquent des couches nouvelles qui doivent au régime de Saddam la prospérité et le statut social dont elles ont joui pendant une longue période. Elles sont en majorité, probablement, contentes de s'être débarrassées d'un homme qui avait détruit, par sa rapacité et son arrogance, tout ce qu'il avait fait dans le passé "(3).
Or, aujourd’hui, à l’évidence, l’hirondelle pentagonale, loin d’amener le printemps, a surtout privilégié le chaos. Et les Irakiens, " … ont désormais des attentes auxquelles elles ne veulent pas renoncer. Le manque d'un service public ne devient intolérable qu'à partir du moment où vous vous y étiez habitué. Il est possible que les Américains aient mal compris cet aspect de l'Irak. Après avoir longuement souligné seulement les aspects négatifs du régime, ils ont fini par croire à leurs arguments et par être les victimes de leur propre propagande ! "(4).
Aujourd’hui, à Washington, le temps des fanfaronnades semble (du moins partiellement) révolu. Et le secrétaire à la Défense américain, Donald H. Rumsfeld en personne, a reconnu qu’il faudrait des mois pour venir à bout de ce qu’il appelle des " poches de résistance du régime déchu "(5).
" Cela prendra du temps pour extirper les vestiges du régime de Saddam Hussein et nous avons l’intention d’y arriver "(6), a déclaré à Lisbonne “Rumy”, lors de sa conférence de presse à l’issue de son entretien avec son homologue portugais, Paulo Portas.
Quant à ces attaques, elles sont, toujours selon Rumsfeld, à mettre sur le compte des forces restées loyales au président déchu.
" Les vestiges du régime irakien, les Fedayin de Saddam, les Ba’athistes et très probablement la Garde républicaine sont toujours là. Ce sont eux qui attaquent périodiquement les forces de la coalition, quelquefois avec succès "(7). Avant de reconnaître que la non-localisation de Saddam Hussein par les forces de la coalition expliquerait la recrudescence des attaques anti-US.
Les nouvelles – les mauvaises il s’entend – arrivant rarement seules, ne voilà-t-il pas que l’échafaudage “politique” péniblement dressé par notre gouvernement militaire (les Irakiens disent, eux, d’occupation) commence, lui aussi, à donner des signes de faiblesse.
En effet, le Congrès national irakien (CNI) d’Ahmed Chalabi, l’un de nos plus proches alliés, a vivement défendu le droit des Irakiens à former leur propre gouvernement, rejetant les calendes grecques du projet de Conseil politique présenté par notre proconsul, Paul Bremer.
Un Bremer réduit, d’ailleurs, à peu de chose et contraint de faire imprimer des centaines de milliers de billets de 250 dinars à l’effigie de… Saddam Hussein, contredisant ainsi sa propre décision de bannir du pays l’image du raïs déchu. Lors de sa conférence de presse, Bremer a admis que cette décision le " mettait personnellement dans l’embarras ", mais qu’il n’avait pas le choix s’il voulait conforter la confiance des Irakiens dans leur monnaie et relancer l’économie du pays.
De la roupie de sansonnet pour un Chalabi expliquant à qui veut l’entendre que seul le " transfert rapide " du pouvoir au peuple, faciliterait y compris la recherche d’armes de destruction massive, que nos propres troupes, inspecteurs et autres Spookies(8), peinent tant à trouver…
Ces tensions et pertes, poussent de plus en plus notre administration à trouver d’autres pigeons pour aller se faire touer la peau en Irak.
Dernier allié prié de faire un effort : le Japon.
De Tokyo, le secrétaire d’État adjoint américain, Richard Armitage, a encouragé l’archipel à " sortir des tribunes "(9) et à envoyer des troupes en Irak pour, dixit contribuer à la reconstruction du pays.
Certes, le Japon a " versé une énorme somme d’argent "(10) pendant la (1ère) Guerre du Golfe, mais, rappelle Armitage, qui sait passer la main dans le sens du poil à ses interlocuteurs, n’y a pas gagné grand-chose sur le plan diplomatique car i "l n’avait pas envoyé de soldats ". Suivez mon regard…
Notes
(1) Guysen.Israël.News (11 juin 03). (2) Idem. (3) Les Échos (11 juin 03). (4) Idem. (5) L’Orient-Le Jour (11 juin 03). (6) Idem. (7) Idem. (8) Espions, Ndlr. (9) Kyodo News (11 juin 03). (10) Idem.