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31 Octobre 2007 6:26 TU
> Francis Fukuyama

L’hégémonie trompeuse des Etats-Unis

Lorsque j’ai écrit sur « la fin de l’histoire », il y a presque vingt ans, je n’avais pas anticipé à quel point le comportement et les erreurs de jugement américains feraient de l’antiaméricanisme l’une des principales failles de la politique mondiale. Et pourtant, particulièrement depuis les attaques terroristes du 11 septembre 2001, c’est précisément ce qui est arrivé à cause de quatre erreurs magistrales de l’Administration Bush.

Premièrement, la doctrine « d’opérations préventives », conçue en réponse aux attaques de 2001, a été élargie de façon inappropriée afin d’y inclure l’Irak et les autres prétendus « États voyous », menaçant de mettre au point des armes destruction massive. Certes, la prévention est tout à fait justifiée quand il s’agit de terroristes apatrides brandissant de telles armes. Mais elle ne peut constituer le noyau d’une politique générale de non-prolifération, par laquelle les États-Unis interviennent militairement partout pour empêcher le développement d’armes nucléaires.

Le coût d’une telle politique est tout simplement trop élevé (plusieurs centaines de milliards de dollars et des dizaines de milliers de victimes en Irak, et ce n’est pas fini). C’est la raison pour laquelle l’Administration Bush n’a pas osé la confrontation militaire avec la Corée du Nord et l’Iran, en dépit de son approbation inconditionnelle du bombardement par Israël du réacteur irakien Osirak en 1981, qui renvoya le programme nucléaire de Saddam Hussein plusieurs années en arrière. Après tout, le succès même de cette attaque signifiait qu’une intervention limitée de ce type ne pourrait jamais être répété, car les candidats à la prolifération apprirent à enterrer, cacher ou dupliquer leurs programmes d’armement naissants.

Le deuxième mauvais calcul de taille concerne la probable réaction mondiale devant l’exercice par l’Amérique de sa puissance hégémonique. De nombreux membres de l’Administration Bush croyaient que même sans l’approbation du Conseil de sécurité de l’ONU ou de l’OTAN, le recours à la force américaine serait légitimé par son succès. De nombreuses opérations américaines ont obéi à cette logique pendant la guerre froide et dans les Balkans dans les années 1990. À l’époque, on appelait ça du « leadership » plutôt que de « l’unilatéralisme ».

Mais à l’époque de la guerre en Irak, les conditions avaient changé : les États-Unis étaient devenus si puissants par rapport au reste du monde que le manque de réciprocité s’était transformé en une source intense d’irritation, même pour les alliés les plus proches de l’Amérique. L’antiaméricanisme structurel émanant de la distribution mondiale des pouvoirs était évident bien avant la guerre irakienne, par opposition à la mondialisation menée par les États-Unis pendant les années Clinton. Il a été exacerbé par le mépris ouvert manifesté par l’Administration Bush envers plusieurs institutions internationales à peine parvenue au pouvoir, une logique qui s’est poursuivie après le début de la guerre en Irak.

La troisième erreur des États-Unis a été d’avoir surestimé l’efficacité de la puissance militaire conventionnelle dans leurs rapports avec les États faibles et les réseaux d’organisations transnationales caractéristiques de la politique internationale, au moins au Moyen-Orient. Il vaut la peine de se demander pourquoi un pays disposant d’une puissance militaire sans pareille dans l’histoire du monde, et qui dépense autant dans le domaine militaire que presque tout le reste du monde réuni, est incapable d’apporter la sécurité à un petit pays de 24 millions de personnes après plus de trois ans d’occupation. Au moins une partie du problème tient au fait qu’il s’agit de gérer des forces sociales complexes qui ne sont pas organisées en hiérarchies centrales capables de faire appliquer des règles, et qui pourraient ainsi être dissuadées, contraintes ou manipulées d’une façon ou d’une autre à l’aide d’une puissance conventionnelle.

Israël a commis le même genre d’erreur en pensant qu’il pouvait utiliser son énorme marge de puissance militaire conventionnelle pour détruire le Hezbollah lors de la guerre au Liban de l’été dernier. Israël et les États-Unis sont tous deux nostalgiques des États nations du XXe siècle, ce qui se comprend, puisque c’est le monde pour lequel le type de puissance conventionnelle qu’ils possèdent est le mieux fait.

Mais la nostalgie a poussé ces deux États à mal interpréter les défis auxquels ils sont confrontés aujourd’hui, que se soit en liant el-Qaëda à l’Irak de Saddam Hussein, ou le Hezbollah à l’Iran et à la Syrie. Ce lien existe dans le cas du Hezbollah, mais les acteurs liés ensemble ont leurs propres racines sociales et ne sont pas simplement des pions manipulés par les puissances régionales. C’est pour cette raison que l’utilisation de la force conventionnelle est devenue frustrante.

Enfin, l’utilisation de la force par l’Administration Bush n’a pas seulement manqué d’une stratégie ou d’une doctrine irréfutable, mais aussi de simple compétence. Rien qu’en Irak, l’Administration a mal estimé la menace d’armes de destruction massive, échoué à établir un programme approprié pour l’occupation, et s’est avérée incapable de s’adapter rapidement quand les choses ont mal tourné. Jusqu’à aujourd’hui, elle s’est trompée sur tous les sujets opérationnels en Irak, comme le financement des efforts de promotion de la démocratie.

L’incompétence sur le terrain a des conséquences stratégiques. Beaucoup de ceux qui ont appelé à une intervention militaire en Irak, avant de s’y prendre n’importe comment, demandent aujourd’hui une guerre avec l’Iran. Pourquoi le reste du monde devrait-il penser qu’un conflit avec un ennemi plus grand et plus résolu serait géré de manière plus compétente ?

Le problème fondamental reste la disproportion de la distribution des pouvoirs dans le système international. N’importe quel pays dans la position des États-Unis, même une démocratie, serait tenté d’exercer son pouvoir hégémonique avec de moins en moins de mesure. Les pères fondateurs des États-Unis pensaient aussi qu’une puissance incontrôlée, même avec une légitimité démocratique, peut devenir dangereuse, et c’est pourquoi ils créèrent un système constitutionnel de pouvoirs séparés de manière interne afin de poser des limites à l’Exécutif.

Un tel système n’existe pas à l’échelle mondiale aujourd’hui, ce qui peut expliquer pourquoi l’Amérique est dans un tel pétrin. Une distribution internationale plus égale des pouvoirs, même dans un système mondial loin d’être complètement démocratique, provoquerait moins de tentations d’abandonner l’exercice prudent du pouvoir.

Article de Francis Fukuyama, doyen du département de politique internationale de l’université Johns Hopkins
© Project Syndicate/The American Interest, 2007. Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot.


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