Avant de parler de vos innombrables centres d’intérêt, parlez-nous un peu de vous-même car très peu de gens connaissent votre personnalité unique en trois hypostases.
Israël Shamir - Je suis né en 1947 à Novosibirsk. Après un bac mathélem, je suis entré à la faculté de mathématiques de l’université de Novosibirsk puis je suis passé à la faculté de droit. Au lycée j’étais déjà proche des dissidents. Pendant mes études de droit, j’ai rédigé un projet de loi sur les droits de l’Homme en URSS, ce qui m’a valu d’être exclu de l’université. Cela n’a fait que renforcer mes entraînements romantiques, mon désir de sacrifice et de lutte pour le droit. Par ouï-dire, je savais qu’il y avait deux endroits en guerre, le Biafra où se battait le peuple persécuté des Ibos et le Proche-Orient où le petit État d’Israël était cerné par ses ennemis. Je m’installai à Moscou où je fis connaissance avec des sionistes qui appréciaient beaucoup mon expérience du samizdat et de l’action clandestine. Plus tard, en 1969, je partis pour Israël où je fus immédiatement incorporé dans l’armée, dans un commando de parachutistes.
Votre désir de combattre était satisfait ?
Israël Shamir - Oui, j’ai participé à de petites opérations militaires puis à la guerre de 1973 au sein d’un commando célèbre ; nous fûmes parachutés à l’arrière des troupes arabes au kilomètre 101, à l’est du Caire, entre la ville et le Canal. Nous avons barré la route du Caire à Port- Saïd et tînmes les alentours pendant quelques jours, jusqu’à l’arrivée de nos chars. J’aimais beaucoup la guerre et ses occupations, car il y avait beaucoup d’air et de mouvement. Dans les intervalles de mon service dans l’armée israélienne, où je fus rappelé régulièrement jusqu’à l’Intifada, j’allais sur d’autres théâtres de guerre, au Cambodge et au Laos mais en tant que journaliste et non plus comme soldat. A mon retour, je trouvai un poste à la radio. C’est à ce moment-là que mes opinions subirent une transformation bizarre.
Vous éprouviez un début de désillusion vis-à-vis des idéaux pour lesquels vous vous battiez, ou bien envers la méthode par laquelle on les défendait ?
Israël Shamir - Je n’ai pas exactement perdu mes illusions mais je me mis à mieux percevoir la réalité. Je voyais désormais à quel point l’État israélien était intransigeant sur le plan idéologique et à quel point le "stalinisme" local s’y maintenait, sous une relative main de velours. En 1975, je m’installai à Londres comme correspondant du service russe de la BBC : je préparais des émissions littéraires où je faisais découvrir aux éditeurs Borgès, Nabokov ou Agnon. Au bout de deux ans, je m’ennuyais terriblement et je partis pour le Japon, invité par une radio japonaise ; j’y passai deux ans et mon fils Ioni y naquit.
L’allure japonaise de ce prénom montre que votre rencontre avec ce pays n’a pas été superficielle…
Israël Shamir - La vie au Japon et la découverte d’une civilisation extrême-orientale, fondée sur le bouddhisme zen et sur le taoïsme, ont changé mon appréhension de la réalité. Je parlais un peu le japonais, éprouvai dans ma chair les quatre joies japonaises: la contemplation de la lune (itskim), la contemplation de la neige qui tombe (iukimi), la contemplation des feuilles d’érable pourpres (momidji-gori) et, enfin, la plus importante, la contemplation des fleurs de sakouri au printemps (hanami). J’ai découvert à la fois que la civilisation japonaise était unique et, bizarrement, à quel point elle ressemblait à la culture juive: principe de développement évolutionniste et non révolutionnaire, fermeture sur soi-même allant souvent, malheureusement, jusqu’à la xénophobie, l’introversion et non l’extroversion.
A propos, pendant la seconde guerre mondiale, les Japonais, (qui étaient les alliés de Hitler), y compris les fascistes les plus déclarés, n’ont jamais refusé l’asile aux juifs et les ont même mieux traités que les ennemis de Hitler. Ils ont ainsi remboursé la vieille dette qu’ils avaient contractée envers le commerçant Steinberg qui, au XIXe siècle, avait aidé le Japon à obtenir des crédits de l’Europe pour moderniser le pays. En 1980, je suis rentré en Israël où je suis devenue attaché de presse parlementaire du parti socialiste.
Et alors, le Tao, la Voie (avec des majuscules)
Israël Shamir - Mes nouvelles fonctions me laissaient beaucoup de temps libre. Je vivais dans une maison avec un jardin dans la banlieue de Jérusalem, j’avais un âne nommé Liouda et, circulant sur son dos, je redécouvris la Terre sainte. Je parcourus ainsi toute la Palestine profonde, y rencontrai beaucoup de gens ordinaires, surtout des Palestiniens. Dans le taoïsme, il y a un enseignement qui dit: "N’essaie pas de faire passer un cube par des orifices ronds", et aussi une légende qui parle d’un arbre dans une cour qu’il ne faut pas abattre, bien qu’il soit stérile, parce qu’il sert à donner de l’ombre. Je découvris que cette approche zen pouvait aider à comprendre la Palestine.
Ainsi, les Israéliens veulent construire ici une seconde Amérique mais c’est exactement comme s’ils voulaient faire entrer des cubes dans des trous ronds. En fait, ce n’est pas la Palestine qui n’est pas adaptée à Israël, mais Israël qui n’est pas adapté à la Palestine ! En 1948, sept cent cinquante mille Palestiniens ont été transformés en réfugiés. Des Israéliens se sont installés à leur place, dans les villages abandonnés, et ils ont abattu les arbres sous la racine, pour en faire des tabourets. Je raconte tout ça dans mon livre en russe, Le Pin et l’olivier, qui est sorti en Israël en 1987. J’y décris des sources désormais oubliées où s’étaient désaltérés, dans ce pays aride, Josué et ses guerriers, j’y évoque les légendes et les contes des deux peuples et j’invite à construire dans le pays une société unitaire harmonieuse englobant tous les peuples qui y vivent. Ce livre est devenu une référence obligatoire pour tous les juifs russes d’Israël. […]
Mais en Israël, le livre n’a pas eu beaucoup d’influence sur la politique intérieure ?
Israël Shamir - Les Palestiniens sont toujours dans une situation pire que celle des Russes dans l’empire russe, avant l’abolition de la "ligne de démarcation". Finalement ils ont lancé l’Intifada, soulèvement qui a été réprimé avec une dureté impitoyable. Pour moi, ces événements ont anéanti tous mes espoirs et en 1988, je suis parti en Europe puis, en 1989, je suis devenu correspondant du journal Ha'arets à Moscou.
Pour défendre la perestroïka ?
Israël Shamir - J’ai perçu la perestroïka comme un signe de renouveau de l’Union soviétique et en même temps comme un espoir unique pour les pays du tiers-monde. Dès 1987, j’écrivais, à la une du journal socialiste israélien Forum : " L’Union soviétique rénovée n’attirera pas seulement les pays en voie de développement mais aussi des pays développés ; pour l’Asie, du Japon à Israël, elle constituera une réelle solution face aux Etats-Unis ".
Mais la politique extérieure effective de la perestroïka m’a immédiatement inquiété par ses prises de position nettement pro-américaines. Sous le pseudonyme de Robert David, je déclenchai toutes les alarmes possibles. Dans des articles publiés dans diverses revues russes, je démontrais que la politique extérieure soviétique était la meilleure possible aussi bien pour l’Union soviétique elle-même que pour les pays du tiers-monde. D’ailleurs, je considère qu’il n’y avait pas d’autre possibilité en Russie en 1917. S’il n’y avait pas eu les bolchéviques, elle serait devenue une semi-colonie comme la Chine ou la Perse d’alors et on ne sait pas combien de gens seraient morts de faim dans ces conditions. La voie qui fut choisie alors était très pénible mais l’histoire ne connaît pas de voies faciles. Quand le pays est sorti de la crise, c'était une puissance mondiale. Sans l’Union soviétique, les États-providence occidentaux n’auraient jamais vu le jour et l’on voit bien que, maintenant que le contrepoids soviétique a disparu, les classes dirigeantes suppriment peu à peu ce système de bien-être. C’est parce qu’elle a été incapable de se rénover que l’Union soviétique a disparu et le célèbre Goulag n’y est pour rien. La meilleure politique extérieure possible était en fait accompagnée de la pire politique intérieure imaginable. Le sommet du parti s’est régénéré et transformé en une sorte de Sénat romain de la décadence saluant avec révérence le cheval de Caligula. La perestroïka qui était devenue, selon la formule d’une socialiste bulgare, une entreprise de libération de la nomenklatura, a détruit cet équilibre. Gorbatchev et Chevarnadzé ont fait cadeau de tous les alliés stratégiques de l’Union soviétique à l’Occident, sans avoir préalablement négocié une seule des conditions avec lui.
Je pensais, par exemple, qu’en échange de la reconnaissance de l’état d’Israël, l’Union soviétique obtiendrait de véritables concessions aux Palestiniens. Mais l’élite soviétique choisit la voie de la trahison sans mélange, ce qui aboutit à faire du pays un pays du Tiers-Monde, ce qui est une véritable tragédie pour tout le tiers-monde : l’Union soviétique était une sorte de mythe pour les pays d’Asie et d’Afrique mais un mythe doté d’une existence réelle car elle constituait une fenêtre sur l’espoir. Désormais, cet espoir a disparu. Pour moi, la révolution anti-soviétique de 1989-1993 est une tragédie historique pour le monde entier.
Comment se sont nouées les relations entre Israël Shamir et Robert David ?
Israël Shamir - C’est un vrai roman policier. Je ne voulais pas mener la guerre sur mon propre territoire et j’ai gardé le secret. A Moscou il y a eu quelques plaintes portées contre mes articles, les services spéciaux israéliens ont voulu connaître son auteur. Le mystère fut dévoilé par un seul homme, un collaborateur de la Literatournaïa Gazeta nommé Serge Bogouslavskij. Je l’ai rencontré et convaincu de ne pas dévoiler mon incognito. Je réussis ainsi à conserver le secret jusqu’à mon départ en Israël en 1993, de sorte que Shamir paya finalement pour David dans sa patrie historique et non réelle.
Vous accusez l’élite soviétique de vénalité totale mais qu’advient-il alors de Sakharov, maître de nos âmes, qui s’est peut-être trompé parfois mais n’en est pas moins demeuré le symbole de l’honnêteté pure ?
Israël Shamir - Je ne sais pas jusqu’à quel point Sakharov décidait seul, quelle influence sa femme exerçait effectivement sur lui mais il est certain que l’inventeur de l’arme thermonucléaire soviétique est lui-même devenu un instrument de l’impérialisme américain, si éculée la formule soit-elle aujourd’hui. Autrefois, il y a une éternité, c'est-à-dire en 1968 et 1969, alors que j’étais un dissident débutant, j’ai organisé une campagne pour la nomination de Sakharov au Soviet suprême. On punit un homme en réalisant ses souhaits, et j’ai vécu pour voir la réalisation des miens, à savoir la nomination de Sakharov au Soviet suprême et son culte posthume.
En lisant ses mémoires, j’ai compris que chacune de ses bonnes intentions conduit à l’enfer. D’ailleurs, dès le milieu des années 70, il n’avait plus (évidemment sans s’en rendre compte) ma sympathie. Il était devenu le petit chéri de l’Amérique. Et sa révolte était la révolte d’un privilégié bien à l’abri derrière ses armes thermonucléaires. Il ressemblait au chef de la Fronde des Princes, c'était le Condé soviétique. Dans l’histoire, on voit agir deux types de chefs pendant les périodes de troubles : les usurpateurs qui sont de faux chefs qui entraînent le peuple avec des titres ronflants, et les véritables chefs qui, tels des dei ex machina, surgissent de la vie du peuple. Les étrangers misent toujours sur les premiers: les Américains sont incorrigibles dans ce domaine, que ce soit en Birmanie (où ils ont misé sur la veuve d’un héros populaire) ou au Cambodge (où ils ont misé sur le prince Sihanouk qu’ils avaient autrefois renversé). L’ancien aspirant du Politburo, le premier communiste de Moscou, et ensuite l’inventeur de la bombe à hydrogène soviétique, tous sont d’authentiques usurpateurs.
Par exemple, l’engagement de Sakharov contre l’intervention soviétique en Afghanistan : des documents établissant que ce n’était pas une intervention, que le gouvernement afghan d’alors, dirigé par Amin, avait réellement demandé l’appui des troupes soviétiques, ont été publiés; ils prouvent que cette opération était un acte stratégique fondé, accompagné d’erreurs tactiques : la liquidation rapide du gouvernement du "sanguinaire Amin", assassin du gentil Taraki. D’ailleurs, il y a eu aussi une erreur stratégique, propre à toute l’école stratégique soviétique, celle-là même qu’ont commise Sadate en 1972 et Saddam Hussein en 1991. Cette stratégie est parfois employée dans les batailles de rues, quand un des combattants, en frappe un autre et attend gentiment sa réaction. Il ne faut surtout pas attendre : c’est une leçon amère particulièrement pour ceux qui sont liés à l’Amérique.
Je ne sais pas si ces conseils sont acceptables sur le plan moral, à défaut du plan stratégique…
Israël Shamir - Israël, dont la stratégie est brillante, n’a jamais attendu mais toujours exploité ses succès. En 1967, après avoir ruiné les forces égyptiennes et jordaniennes, le gouvernement n’a pas attendu mais s’en est tout de suite pris à la Syrie.
Dans la lutte contre les résistants palestiniens, Israël ne se laisse pas stupidement arrêter par la frontière libanaise, jordanienne ou syrienne, mais attaque les bases palestiniennes, où qu’elles se trouvent. L’Union soviétique aurait dû attaquer le Pakistan où étaient les bases des moudjahidin, ouvrir un deuxième front sur la frontière indienne. Je ne me mêle pas de juger s’il fallait ou non faire la guerre en Afghanistan: il ne fallait peut-être pas. Mais il s’agit d’autre chose : " Ne tire pas le sabre. Mais si tu l’as tiré, bats-toi. Bats-toi pour abattre le cheval en même temps que le cavalier ", a dit un poète caucasien. Il avait raison, n’importe quel soldat expérimenté vous le dira. L’erreur fut le retrait des troupes d’Afghanistan, sans condition : il fallait exiger la levée du blocus de Cuba et du Nicaragua, la suppression du soutien à l’Unita en Angola et, au moins, la fin du soutien aux moudjahidin. Aucune de ces conditions n’a été posée et tous se sont étonnés, à juste titre, de la durée inattendue du gouvernement de Nadjiboullah, qui n’est tombé qu’après le traité direct entre Eltsine et les Etats-Unis et leurs alliés afghans "irréconciliables". Et alors, quel profit en a-t-on tiré ? Sakharov s’est trompé dans sa dispute avec Soljénitsyne, où il a beaucoup trop défendu le droit à l’immigration. C'était Israël et les Etats-Unis qui étaient derrière cette attitude, à la poursuite de leurs buts propres: pour les sionistes, attirer des émigrés, prêts à chasser les Palestiniens du désert, et pour les Américains, déstabiliser la société soviétique. Dès que le but, c’est-à-dire l’émigration libre, fut atteint, et que le rideau de fer fut levé, on en dressa un nouveau, en plastique, de l’autre côté.
L’erreur atroce de Sakharov fut de soutenir les séparatistes du Haut-Karabagh, premier ferment de la peste nationaliste en Union soviétique. Le dissident israélien Oudi Adiv purge actuellement une peine de dix-huit ans de prison, mais tous les défenseurs de Sakharov s’en moquent. C’est en vain aussi que l’on a demandé à Sakharov, déjà au faîte de sa gloire, d’aider Moti Vanunu, autre dissident israélien qui a révélé les secrets de la bombe atomique israélienne. L’antithèse de l’occidentaliste Sakharov, c’est l’homme le plus intelligent de Russie, Lev Nikolaïevitch Goumiliev(1)¸ défenseur de l’idée que la Russie et l’Orient doivent s’unir.
Vos idées vous classent parmi les "ruralistes". Vous sentez-vous proche des membres actuels de ce groupe en Russie ?
Israël Shamir - Je suis un ruraliste qui admet le progrès. Chafarevitch, à mes yeux, n’a rien compris à Goumiliev. Il me semble aussi antihistorique de faire remonter les malheurs de la Russie du royaume khazar aux maîtres d'oeuvre de la perestroïka, en passant par Trotsky et les Enfants de l’Arbat comme le fait Kojinov. Ce n’est pas aussi simple. Trotsky, Drzerzinski, ou Staline n’ont pas ménagé le sang russe, mais ils se sont battus pour la liberté russe. Les nationalistes russes, comme Glouchkov ou Kara-Murza sont plus sages car ils ont compris ce que n’a pas compris Chafarevitch et ont fait un geste étonnant en proposant une alliance entre les "blancs", c’est-à-dire les nationalistes et les monarchistes orthodoxes russes, et les "rouges", c’est-à-dire les communistes et les socialistes. Rappelons que cette alliance s’était déjà réalisée pendant la seconde guerre mondiale. Est-il vrai que vous êtes correspondant de la Pravda au Proche Orient ? Etes-vous membre du parti communiste israélien ? La Pravda n’est plus ce qu’elle était et je ne pourrais pas vivre seulement de ce poste, mais parmi mes occupations actuelles il y a celle-là, effectivement. Je n’ai jamais appartenu à quelque parti que ce soit, bien qu’aujourd’hui je sois partisan de la théorie communiste.
Comment vivez-vous aujourd’hui en Israël ?
Israël Shamir - L’effondrement de l’Union soviétique a été pour moi une gigantesque tragédie personnelle et je suis passé par une période de crise dont je n’ai pu sortir pendant longtemps. Le changement de mon état d’esprit est dû à quelques transformations de ma vie privée.
Un jour, il y a trois ans, je nageais avec un masque dans la mer Rouge, près d’Eilat, quand j’ai vu une naïade, qui m’a rappelé Nausicaa ou Calypso. Vous connaissez l’hypothèse d’après laquelle Nausicaa serait l’auteur de l’Odyssée ? Je suis sorti de l’eau et j’ai vu que c'était une nymphe en chair et en os. Elle s’appelait Alice, elle avait seize ans et elle était arrivée de Russie peu de temps auparavant. Trois ans plus tard, nous nous sommes mariés et cela m’a rendu l’espoir. Alice est le seul bénéfice que j’ai tiré de l’effondrement de l’Union soviétique. On dit que Borovoï a privatisé l’industrie pétrolière, moi j’ai privatisé Alice.
Comment la mythologie et la réalité se marient-elles aujourd’hui dans votre vie ?
Israël Shamir - Avec Alice, qui étudie l’histoire de l’art à l’université de Jérusalem, j’ai préparé une traduction de L’Odyssée qui sortira bientôt aux éditions Raduga (Arc-en-ciel). Mais ce n’est pas une traduction du grec ancien. Borgès a écrit dans un récit qu’après la publication de l’Ulysse de Joyce, L’Odyssée d’Homère avait changé et occupait en quelque sorte la seconde place après Joyce. Pour le lecteur contemporain, la chronologie s’est inversée et j’ai donc voulu traduire en L’Odyssée qui est parue après Joyce; c’est pourquoi j’ai choisi les traductions anglaises des années trente et quarante, qui sont influencées par Ulysse (celle de Laurence d’Arabie et celle de Rewey (?), qui a fait de L’Odyssée un bestseller). Nous associons aussi nos forces pour traduire en russe le livre Le Tao pour le lecteur contemporain. J’ai toujours le même désir d’écrire pour les journaux russes, pour proposer une autre narration, comme on dit maintenant en russe. Au fait, j’appartiens à l’Union des écrivains de Russie, pour laquelle j’ai été recommandé par des écrivains aussi différents l’un de l’autre que Lev Anninski et Stanislav Kunaïev. Israël Shamir, Entretien avec une revue russe.
Notes
(1) Lev Nicolaïevitch Goumiliov (1912-1992), fils des poètes Anna Akhmatova (1889-1966) et Nicolaï Goumiliov (1886-1921). Historien, il a élaboré une théorie historique nommée l'ethnogénèse et défend l'idée que le salut de la Russie est dans "l'eurasisme". [NdT]